jeudi 4 juin 2026

Alfred au pays des Tjalks : Zuiderzee – Îles de la Frise – Canal de Kiel

Notre nouvel équipage: Marie-Liesse, Paul-Frantz, Azélie

Catherine est heureuse d'accueillir sur Alfred sa filleule Mari-Liesse

Notre intinéraire: Amsterdam, Zuiderzee, Îles de la Frise, Canal de Kiel, Kiel

Dimanche 24 mai, messe dans la Cathédrale d’Amsterdam avant d’appareiller : l’église superbe n’ouvre ses portes que pour l’office dominical mais celui-ci est magnifique, animé par un cœur à quatre voix qui nous chante une très belle messe de Monteverdi … sublime ! Nous appareillons avec notre nouvel équipage Marie-Liesse, notre nièce et chère filleule de Catherine, Paul-Frantz et Azélie, leur fille de 7 ans aux yeux rieurs et à la chevelure de feu. Notre avons aussi la joie d'accueillir petite-fille Héloïse et son ami Gregory qui vivent à Utrecht et embarquent sur Alfred pendant deux jours.

A Amsterdam, nous quittons le Noorzeekanaal  et passons la dernière écluse vers le Zuiderzee

Héloïse et Gregory nous accompagnent pendant deux jours, d'Amsterdam à Hoorn

Baignade en eau douce dans le Zuiderzee

Azélie avec son papa...


... et avec sa maman

Nous quittons la marina de Sixhaven, en plein centre d’Amsterdam, où nous venons de passer trois jours et quittons le Noordzeekanaal en passant sa dernière écluse pour entrer dans le Zuiderzee. Entre le Zuiderzee et le Waddenzee (mer intérieure des îles de la Frise) nous entrons au pays des Tjalks, ces merveilleux bateaux de travail et péniches hollandais à fond plat et à dérives latérales, particulièrement adaptés à la zone de hauts-fonds dans laquelle nous pénétrons ; Alfred, avec sa dérive centrale et son faible tirant d’eau dérive haute, se sent particulièrement à l’aise au milieu de ses nouveaux cousins. Après une courte navigation de 16 milles, nous nous arrêtons à Volendam dans le port situé sous le front de mer. Volendam est un lieu de villégiature où les Amstellodamois viennent s’éclater, particulièrement ce week-end de Pentecôte où leur équipe, le fameux ‘’Ajax d’Amsterdam’’ vient de battre celle d’Utrecht (celle d’Héloïse !) : la bière hollandaise coule à flot sur les bord du Zuiderzee !. Nous débarquons pour participer à la liesse et une pause pour le ‘’Borrel’’ (l’apéritif du soir) : une bonne Heineken et les zakouski typiques de Hollande. Nous trouvons le sommeil le soir sur Alfred, bercés par le boucan sympathique qui règne sur les quais.

Ajax Amsterdam a battu FC Utrecht, ça s'arrose!!

La fête à Volendam

Gregory, Marie-Liesse, Paul-Frantz, Azélie, Catherine, Héloïse



Magnifiques Botters...

... et Lemteraaks

Nous larguons nos amarres le lendemain lundi 25 mai, et quittons Volendam dans un silence de lendemain de fête en direction de Hoorn à 8 milles plus au nord. Le temps est magnifique, la chaleur est forte et la mer lisse et nous faisons une halte baignade, un régal dans cette eau douce, avant d’arriver à Hoorn. C’est la ville natale de Willem Schouten, découvreur avec LeMaire du Cap Horn en 1616 (80 ans après le Détroit de Magellan) ; comme un hommage à ces grands navigateurs, un grand nombre de tjalks traditionnels superbes y sont amarrés. Belle balade dans les rues charmantes de la ville sous le cagnard avant de repartir déjeuner à l’extérieur du port pour une ultime baignade rafraîchissante puis de déposer au quai Héloïse et Gregory qui rentrent à Utrecht par le train.

Arrivée à Hoorn





Les magnifiques façades des XVI et XVIIèmes siècles, comme neuves


Gregory et Héloïse





Zeeschouw

Nous repartons en fin d’après-midi vers la petite ville d’Enkhuizen située à quelques milles juste après l’écluse d’une digue qui partage le Zuiderzee. Quelle surprise en pénétrant dans ce port : un vrai musée flottant ; répartis en plusieurs darses, ses quais sont remplis de bateaux hollandais à fond plat splendides et de toutes tailles, des plus petits Zeeschouw, Schoeler et Hoogaars aux élégants et luxeux Lemsteraak et jusqu’aux plus grandes péniches ou tjalks de deux et trois mâts : un bonheur pour les shiplovers (like me !). En outre, la ville au centre de laquelle nous sommes amarrés est une pure merveille !

Tjalk à Hoorn



Azélie et Marie-Liesse à la manœuvre avant d'arriver à Enkhuizen


Arrivée à Enkhuizen


Vues d'Enkhuizen



Nous restons la matinée du lendemain pour goûter le charme d’Enkhuizen en nous baladant le long de ses petits canaux fleuris bordés de vieilles maisons en brique des XVII et XVIIIèmes et en repartons au moment du déjeuner pour remonter au nord vers la dernière digue du Zuiderzee. Le soleil est toujours aussi intense et nous faisons un petit break dans l’après-midi pour une dernière baignade en eau douce… à 23.6°C … mais pourquoi donc les Hollandais éprouvent-ils le besoin d’aller aux Canaries ? Après le passage de la grande écluse de Makkum, nous quittons définitivement le Zuiderzee pour entrer dans le Waddenzee et arrivons le soir à Harlingen, le grand port de la Frise Néerlandaise.

Dernières vues d'Enkhuizen





Dernière baignade dans le Zuiderzee.... 23,6°C !

L'écluse de Makkum : nous quittons le Zuiderzee pour le Waddenzee


Premiers milles dans le Waddenzee ... la ''Mer d'Ouate'' ou ''Mer des Brumes''

Les précédents ports nous avaient donné un avant-goût de la richesse du patrimoine maritime des Pays-Bas qui a si bien su conserver ses bateaux traditionnels, mais à Harlingen, c’est l’apothéose ! Des dizaines de grands tjalks sont alignés le long des quais, cette ville est un véritable musée flottant et nous sommes plongés plusieurs siècles en arrière. Après quelques courses et promenades en ville, nous sortons des écluses d’Harlingen le mercredi 27 mai en début d’après-midi pour notre premier bord dans le Waddenzee, cette mer intérieure des îles de la Frise où l’on slalome entre les bancs de sable.

Arrivée à Harligen


Lemsteraak dans le port d'Harlingen






L'incroyable boutique du shipchandler d'Harlingen

En approchant de l’île de Terscheling, nous apercevons les premiers phoques (ils sont légions dans cette mer qui leur appartient) qui se prélassent sur les bancs de sable. Amarrage à Terscheling en fin d’après-midi, à point nommé pour le ti’punch du soir.

Azélie part à l'exploration de Terscheling



Cimetière dans les bois à Terscheling

Matinal, Paul-Frantz commence le jeudi 28 sa journée par un jogging de 17 km puis, à son retour, entraîne Marie-Liesse et Azélie pour une longue balade de la matinée en vélo. Nous repartons de Terscheling en début d’après-midi pour prendre les chenaux dans les bancs de sable à terre de l’île, avec un seuil délicat à passer où nous devons patienter une heure, le temps que la marée monte suffisamment et que les bouées de chenal échouées se remettent à flotter. Nous touchons l’île suivante, Ameland, assez tard le soir à 21h30 et trouvons un ponton confortable dans le petit port de Nes.



Le Waddenze, un Paradis de la Voile


Passage critique entre les bancs de sable, à terre de Terscheling...nous rejoignons un bateau mouillé en plein chenal, attendant l'heure de la marée pour passer le seuil.

... passage franchi également par les grands Tjalks.... avec un tout petit pied de pilote





Arrivée à Ameland

Nous marquons une pause dans notre progression vers le Canal de Kiel en passant la journée du Vendredi 29 à Ameland et trouvons près de la Capitainerie un loueur de vélos bien achalandé pour nous équiper. Nous laissons Marie-Liesse partir de son côté avec sa petite famille pour un grand tour de l’île, quant à nous, nous louons deux bicyclettes (des vraies, à pédales) et faisons une jolie balade dans les villages à l’ouest de l’île Ballum et Hollum et leurs jolies maisons en briques du XVIIème qui paraissent toutes neuves, jusqu’au grand phare d’atterrissage d’Ameland qui domine l’île de 60 mètres et d’où la vue est superbe ; presque 30 km à vélo, pas si mal pour les vieillards que nous sommes !.


Le musée d'Hollum à Ameland....

... Catherine en profite pour faire un p'tit somme

Costume traditionnel d'Ameland




La vue du gardien de phare d'Ameland

Vues de maisons de Nes




Trois heures avant la marée haute, nous partons. Départ le lendemain de Nes à 7h30 du matin pour chenaler dans les méandres du passage entre Ameland et la côte ; nous sommes aidés par un Zeeschouw, petit bateau hollandais à fond plat et à bouchains nommé ‘’Teguh’’ qui nous guide dans ce labyrinthe bien marqué par des bouées ; la carte Navionics s’avère très fiable alors qu’Open CPN est complétement faux. Une fois sortis de la mer de Wadden et dégagés de la Frise, nous passons au large des dernières îles néerlandaises, Schiermonnikoog et Rottumerplaat, dépassons l’estuaire de l’Ems et son trafic maritime menant vers Emden, puis les premières îles frisonnes allemandes, Borkum et Juist, avant d’arriver à Norderney à 19 heures. Nous sommes désormais en Allemagne et y resterons jusqu’à Kiel.

Passage délicat à terre d'Ameland, guidés par ''Teguh''




Arrivée à Norderney où nous avons la surprise de retrouver les Belloy

                                                                                                                        

Nous voici maintenant dans les lieux du roman ‘’L’énigme des sables’’ de Robert Erskine Childers qui, à l’instigation de notre ami Yves Lagane, nous a attirés dans ces régions où la navigation est si inhabituelle. Notre première escale à Norderney nous déçoit un peu : au lieu de l’île romantique et déserte décrite dans le roman, nous voilà amarrés dans la marina d’une station balnéaire très en vogue avec son lot de boutiques chics et de bistrots à la mode ; cette déception est compensée par des retrouvailles avec France et Hervé de Belloy sur ‘’Le Saint-Liénard’’ que nous avions quitté à Amsterdam ; en outre, les plages qui s’étendent à perte de vue sont magnifiques. L’escale suivante, une vingtaine de milles plus à l’Est, nous réconcilie avec l’atmosphère du roman : à Spiekeroog, où nous arrivons dimanche 31 mai avant 6 heures du soir, nous découvrons un petit village, touristique certes mais charmant et paisible, où nous allons faire une longue promenade avant de dîner à bord dans un port qui assèche presque complétement.

Messe dominicale à l'église ''Stella Maris'' à Norderney

Chenalage d'accès au port de Spiekeroog





Les dune de Spiekeroog



Nous quittons définitivement les îles de la Frise lundi matin 1er juin au petit jour pour ne pas être bloqués par la marée. Route tranquille au moteur jusqu’à Cuxhaven à l’embouchure de l’Elbe où nous déposerons Catherine qui rentre à Nantes avant de rejoindre Alfred dans une dizaine de jours à Copenhague. A Cuxhaven le lendemain matin, nous avons la surprise de retrouver ‘’Le Saint-Liénart’’ arrivé dans la nuit ; nous repartons vers midi, direction Brünsbuttel, une quinzaine de milles en amont sur l’Elbe, pour prendre l’écluse d’entrée dans le canal de Kiel.


Courte escale à Cuxhaven

Le Canal de Kiel, 100 kilomètres entre Brünsbuttel et Kiel, est une longue navigation au moteur, longue mais pas monotone : on y croise de gros cargos venant de la Mer Baltique au milieu d’une belle nature en bousculant parfois les nombreux cygnes qui en ont fait leur royaume. Nous faisons une petite pause après 40 kilomètres à Gieselau, dans une branche désaffectée de l’ancien canal où nous invitons nos amis France et Hervé pour un dîner mardi soir sur Alfred : belle soirée bucolique de navigateurs entourés des petits oiseaux et des fleurs des champs.

''Le Saint Liénard'' nous accompagne vers l'entrée du Canal de Kiel


L'écluse de Brünsbuttel, entrée du canal



Pause champêtre à Gieselau, à mi-chemin du canal

Nous reprenons le cours du Canal mercredi 3 juin par un temps maussade qui se dégage à mesure que nous nous approchons des écluses d’Haltenau qui nous ouvrent les portes de la Mer Baltique et arrivons vers 17 heures dans la marina historique Düsternbrook qui fut faite pour les Jeux Olympiques de 1936. Marie-Liesse, Paul-Frantz nous quittent demain pour Fontainebleau tandis qu’Alfred attendra son nouvel équipage qui arrive le 5, destination Copenhague.


La douce Azélie aux yeux rieurs et à la chevelure de feu



 


Addendum : les bateaux traditionnels du Zuiderzee et de la Frise.


Zeeschouw : coque acier ou bois, bouchains marqués, tableau arrière, dérives latérales en chêne, gréement aurique à corne, voiles brunes (proue arrondie en « marotte », tableau arrière vertical coque assez large et courte, mât sur jumelles, souvent abattable).

Schokker : Bateau puissant, fond plat, dérives latérales, bonne tenue en mer intérieure mais moins performant au près (proue très haute et arrondie, arrière souvent pointu ou arrondi, coque volumineuse).

Hoogaars : Bateau de pêche traditionnel, rapide, très manœuvrant. (proue très inclinée vers l’avant, arrière arrondi, ligne élégante et fine).

Botter : Bateau de pêche robuste, emblématique du Zuiderzee, voiles brunes, dérives latérales massives (proue très haute et arrondie, arrière large et arrondi, cabine courte et massive).

Lemsteraak : Très réputé pour la plaisance et la course, coque élégante, très rapide, souvent luxueuse (proue en «cuillère», arrière large et arrondi, très forte tonture).

Tjalk : Grand bateau de charge traditionnel, coque longue, fond plat, dérives latérales, gréement aurique (proue en étrave ronde, arrière en tableau incliné, très large maître-bau).