samedi 16 mai 2026

La Trinité – Dunkerque : Alfred sur la trace des Vikings

 

L'équipage au départ de la Trinité: Pierre, François, Dominique

Dimanche 3 mai. Alfred est au « ponton visiteurs » de La Trinité, prêt à partir à l’aventure sur les traces des Vikings. Alfred vient de passer un mois au sec sur le terre-plein de la darse nord à se refaire une beauté : les œuvres vives sont ‘’nickel’’ et la coque, passée au polish est bien blanche, comme elle ne l’a pas été depuis longtemps. L’installation électrique intérieure a été révisée et fonctionne, le mouillage a été changé (50 mètres de chaîne neuve) et, nouveauté, une caisse à eaux noires, obligatoire dans les pays du Nord, en particulier aux Pays-Bas, est installée dans le placard à cirés des toilettes ; il faudra désormais faire sécher nos vestes de quart autrement… Alfred est prêt ! Petit doute cependant sur l’état du pilote principal d’Alfred : il avait donné des signes de faiblesse à la fin de l’été avec des pannes aléatoires ; les essais du pilote qui fonctionnait très bien avant départ n’ont pas permis d’identifier l’origine de ces pannes aléatoires… touchons du bois et puis nous avons le pilote de secours attelé à la barre en cas de panne.

Les Marchais nous accompagnent jusqu'à la Teignouse: Catherine, Chantal, Rodolphe


Un départ dans la pétole

Dîner de veille d’appareillage le soir à Kerbiren avec François et Gaëlle Fleith ainsi que Rodolphe et Chantal Marchais pour que l’équipage du trajet LaTrin’-Dunkerque fasse connaissance, François, Pierre et Dominique : François a partagé avec nous,quand il était sur Aria de François Biette, une navigation au Sine Saloum et en Casamance en 2023 et je suis heureux de revivre une navigation avec Pierre après avoir été son matelot sur Ambrym lors de notre mémorable traversée Thaïlande-Turquie l’année dernière.

Départ de l'anse de Penhir en passant par les Tas de Pois

Douce soirée à l'Aberwrac'h

Appareillage donc le lundi à 11 heures ; Rodolphe et Chantal embarquent Catherine sur leur bateau à moteur pour nous accompagner jusqu’à la Teignouse. La Baie de Quiberon est traversée au moteur dans la pétole et nous pouvons hisser les voiles à la hauteur des Birvideaux pour un louvoyage le long de la côte pendant la journée. La brise adonne au niveau des Glénans et Penmarc’h est dépassé vers minuit sur le même bord, ce qui nous permet d’attraper la fin du flot au Raz de Sein peu après 4 heures du matin. Nous allons nous réfugier en début de matinée à l’abri de l’anse de Penhir, au bout de la Presqu’île de Crozon pour attendre la prochaine renverse du Chenal du Four.

Arrivée à Ploumanach


Promenade dans les rochers roses

Dans la matinée, nous avons la visite de Katrina et Olivier Noël, équipiers réguliers d’Alfred, qui viennent nous faire un petit coucou sur la plage de l’anse de Penhir depuis leur maison voisine de Lostmarch. Nous repartons en début d’après-midi et, après un passage entre les Tas de Pois, nous embouquons le Chenal du Four jusqu’ l’Aberwrac’h où nous mouillons à l’heure de l’apéro.

La plage de Saint Guirec



Couleurs du soir à Ploumanac'h

Nouveau départ le mercredi 6 mai avant 8 heures de l’Aberwrac’h, cabotage le long de l’Île Vierge puis à l’intérieur des chenaux de l’Île de Batz et enfin le long de la côte de granit rose, avant d’aller trouver refuge dans le port de Ploumanac'h. Promenade en fin d’après-midi le long de la côte dans le chaos des superbes et gigantesques rochers, jusqu’à la niche où Saint Guirec veille depuis le VIème siècle sur les marins et accueille les jeunes femmes en espérance d’enfant qui viennent pour cela lui chatouiller le nez.

Mouillage dans la Corderie de Bréhat; Alfred à droite

Courte navigation le lendemain entre Ploumanac’h et l’île de Bréhat en contournant le Sillon de Talbert et arrivée vers 14 heures, bien à l’abri dans le mouillage de la Corderie. Nous profitons d’une belle après-midi dans ce petit paradis qu’est Bréhat, encore préservé à cette période de l’invasion des touristes, en faisant une longue promenade.

Promenade à Bréhat


L’étape suivante est sujet à débat dans l’équipage : avons-nous le temps de faire étape dans les îles Anglo-Normandes, à Sark par exemple, ou devons-nous poursuivre la route plus avant ? Finalement, compte tenu de la météo et d’un coup de vent de NE annoncé dans deux jours, nous décidons de contourner directement la péninsule du Cotentin pour nous rapprocher davantage de notre destination finale, Dunkerque. Nous décidons donc d’une étape plus longue avec une nuit, voire deux en mer ; les Anglo-Normandes sont dépassées vers 20 heures en embouquant le passage entre Guernesey et Herm puis le Raz Blanchard vers 2 heures du matin le 9 mai. Le passage de la pointe du Cotentin est beaucoup plus laborieux, nous louvoyons toute la matinée le long de la côte en nous aidant du moteur pour lutter contre les courants contraires et dépassons enfin la pointe de Barfleur vers 14 heures.

La plage de galets de Fécamp

Le Palais Bénédictine ...

... que l'on déguste

Le pilote, qui avait parfaitement fonctionné jusqu’alors, commence alors à nous faire défaut avec des décrochages inopinés et aléatoires : les mêmes symptômes que ceux constatés à l’automne dernier et que nous n’avons pas pu identifier lors de la préparation d’Alfred. Pour couronner le tout, le pilote de secours, qui marchait parfaitement avant le départ, part en ‘’distribile’’ (expression brestoise) : pour une raison inexpliquée, la couronne d’entraînement de la barre s’ouvre en deux et toutes les billes de roulement tombent au fond du cockpit avant de partir à l’eau ; nous récupérons 4 billes sur les 21. Nous poursuivons la route vers Fécamp avec un pilote malade et une brise qui se renforce et y arrivons enfin à 2 heures du matin sous trinquette et grand-voile à 2 ris par forte brise et pluie battante.

Les voiliers-cargo de l'armement TOWT, TransOceanic Wind Transport, en liquidation judiciaire, attendent un nouveau départ

Vue du magnifique ''Musée les Pêcheries'' de Fécamp

Nous sommes bien contents d’être à l’abri dans le port de Fécamp avec le temps de cochon de ce dimanche 10 mai. Après un bon sommeil réparateur et le p’tit-déj qui suit, nous nous attelons à deux tâches : trouver un chaudronnier pour renforcer le portique arrière qui sert de bossoir pour l’annexe et dont un portant commence à se fissurer (mais nous sommes dimanche…) – ensuite, entreprendre une recherche systématique de l’origine des pannes aléatoires du pilote. Pierre s’attèle à cette dernière tâche avec sa double compétence d’ingénieur et d’électricien et arrive à identifier l’origine probable de la panne : la rotule qui relie le vérin de pilote à la barre est fortement grippée et la boule de rotule est brisée en trois morceaux, il faut changer la pièce. Ceci explique le caractère aléatoire de la panne de pilote : si la rotule se bloque inopinément, cela provoque une surtension dans la commande du vérin et le pilote décroche - CQFD. Les deux réparations sont à faire mais nous sommes néanmoins très satisfaits de cette découverte car le problème aurait pu compromettre la suite du programme d’Alfred et nous profitons de l’après-midi pour une courte découverte de Fécamp par ce temps maussade avec un passage obligatoire par le ‘’palais’’ de la Bénédictine.

Vue de la falaise de Fécamp ; au loin, Etretat 

L'Abbatiale de Fécamp

Dès lundi matin les problèmes sont en voie de résolution : un mécanicien-soudeur talentueux, Brice Vandewoestyne, vient à bord et repassera le lendemain à la première heure pour réparer le portique et emporte la rotule endommagée pour la rafistoler provisoirement. Parallèlement, nous commandons par internet une rotule neuve qui nous sera apportée mercredi par Philippe du Couëdic qui embarque sur Alfred pour la prochaine étape. Il fait beau et la journée est libre : François et Pierre partent faire une marche jusqu’au sommet de la haute falaise qui surplombe à l’E la ville et la longue plage de galets qui la borde, avec au loin l’arche et l’aiguille d’Etretat, puis nous nous retrouvons tous les trois pour visiter ensemble la magnifique Abbatiale de Fécamp.

Départ de Fécamp pour Dunkerque


Ventre à terre, plein vent arrière, avec des pointes à 11 noeuds!

Brice, ponctuel, arrive à bord à 8h15 le mardi 12 mai avec tout son matériel de soudure pour renforcer le portique ainsi que la fameuse rotule rafistolée que Pierre remonte sur le vérin du pilote. A 11 heures, tout est en ordre et nous repartons vers Dunkerque, notre destination finale. Belle journée de voile très ensoleillée avec une belle brise, au grand largue d’abord, puis plein vent arrière voiles en ciseaux, allure où Alfred est particulièrement agréable et efficace : des pointes à 11 nœuds ! Au passage du cap Gris Nez vers minuit, le vent commence à mollir et nous arrivons un peu poussivement, en nous aidant du moteur sur la fin, dans le port de Dunkerque où nous amarrons Alfred à 7 heures à la marina du Port du Grand Large. C’est du même ponton qu’Ambrym était parti en juin 2017 pour son périple de huit ans autour du monde. Pour notre part et plus modestement, nous avons parcouru 597 milles (470 en route directe) depuis notre départ de la Trinité il y a un peu plus d’une semaine.

Arrivée au petit jour à Dunkerque

Pierre revoit avec émotion l'usine pétrochimique Versalis où il a travaillé près de dix ans

Les jolies façades du front de mer à Malo-les-Bains


lundi 17 juin 2024

Heureux qui comme Ulysse… des Açores à la Trinité

 

L'équipage au Peter's Café: Dominique, Philippine, Edouard, Guillaume et Franck

C’est une longue pause à Horta. Nous y sommes depuis le 20 mai après notre traversée rapide depuis les Bermudes, Guillaume et Philippe sont rentrés en France le 27 et Alfred attend au ponton l’arrivée de nos nouveaux équipiers pour retrouver sa chère Bretagne. Pendant cette attente, nous voyons s’installer lourdement un anticyclone obèse à l’Ouest de l’Irlande ; s’il ne bouge pas de là, cela nous promet des vents contraires sur les 1200 milles de la route du retour vers la Trinité… wait and see…

Horta

Pico vu depuis Faial

Ponta do Castelo Branco à Faial

Nous commençons par accueillir à bord Philippine et Edouard le mercredi 29 qui viennent de faire une escapade à Pico où nous les avions croisés il y a quelques jours. Le jour de leur mariage il y a un an, nous avions promis à nos neveux Edouard et Philippine de Maussion cette traversée sur Alfred qu’ils découvrent ; ils auront le temps de visiter Faial et de m’aider à faire l’approvisionnement avant l’arrivée des autres membres d’équipage ; ces derniers, Guillaume et Franck, arrivent le 31 et auront aussi le temps d’avoir un aperçu de l’île en voiture avant l’appareillage. Guillaume Thomas, notre gendre, connaît bien Alfred pour l’avoir utilisé souvent lors de croisières en famille en Bretagne, il nous avait également rejoints avec Marie à Antigua et Barbuda en 2017 ; Franck Gaubert, un ami de Guillaume, connaît Alfred pour y avoir à deux reprises traversé le Golfe de Gascogne de La Trinité à Lisbonne et inversement.

La Caldeira de Faial: 2km de diamètre, 500m de profondeur

Repos dans un square d'Horta

Guillaume et Franck à la Ponta dos Capelinhos

Un étale bien portugais de bacalhau

Les deux derniers jours passés à Faial sont consacrés aux ultimes préparatifs d’Alfred avant le grand retour vers la Bretagne, la batterie du moteur qui montrait quelques faiblesses depuis les Bermudes est changée, quelques dernières courses de fruits et légumes frais au marché municipal qui se montre étonnamment pauvre, mais surtout, le rafraîchissement et la mise à jour de la fresque d’Alfred, bien préservée depuis notre dernier passage à Horta et située sur le môle de la Capitainerie. Entre deux averses, Philippine et Edouard s’attèlent à cette tâche délicate mais si importante ; c’est un succès et désormais notre fier Alfred laisse la signature de ses passages successifs aux Açores : mai 2013, mai 2017, avril 2023, mai 2024 : ils sont fiers du résultat et ils ont raison !

Philippine et Edouard sont fiers de leur œuvre, ils ont raison!

La fresque d'Alfred  à Horta

Appareillage de Horta le dimanche 2 juin pour parcourir les 70 milles jusqu’à l’île de Terceira à 70 milles. Le temps est affreux, pas beaucoup de vent, dans le nez la plupart du temps, mer un peu formée et, par-dessus le marché, une forte pluie qui tombe verticalement à grosses gouttes : le baptême est un peu sévère pour le nouvel équipage. Au bout de cette journée un peu galère, nous arrivons enfin peu après 20 heures à Angra do Heroismo ; Franck, particulièrement épuisé et découragé par un intense mal de mer, nous annonce qu’il n’ira pas plus loin ; il nous quitte le lendemain pour rentrer à Nantes.

Apparition de Sainte Madeleine dans les Ilheus da Madalena

Philippine et Edouard

Guillaume

Angra do Heroismo, capitale de Terceira certes, mais c’est peu dire de cette magnifique petite ville inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, qui fut naguère capitale des Açores avant d’être détrônée par Ponta Delgada ; elle fut surtout la capitale du Portugal entre 1828 et 1834 pendant la guerre de succession fratricide entre Pedro et Miguel, les fils de Jean VI. C’est une courte mais bienvenue dernière escale et nos équipiers se remettent de la navigation un peu éprouvante de la veille en se baladant dans ses rues charmantes, ses jolies places et jardins bordés d’édifices parfois sublimes et ses points de vue superbes sur les hauteurs, avant de prendre un dernier bain de mer sur la plage proche de la marina et d’appareiller enfin vers la Bretagne le lundi 3 juin vers 18 heures.

Le port d'Angra do Heroismo



Relation de la traversée Açores-Bretagne par les messages quotidiens envoyés à midi, heure du bord, à Emmanuel qui nous assure, comme toujours, un routing impeccable.

Mardi 4 juin : « Distance La Trinité 1102 milles. Nous avons quitté Terceira hier à 18 heures et depuis nous avons parcouru 97 milles à voile et moteur. La situation météo n'est pas géniale ; l'anticyclone de la Mer du Nord s'est installé au Sud de l'Islande, avec une longue dorsale vers la Bretagne, formant avec l'anticyclone des Açores une barrière qui empêche les dépressions de passer. Du coup, nous avons du vent établi de NE (pile dans le nez) et nous devons nous déplacer de 400 milles au NNE avant d'espérer trouver une brise qui nous ramène vers la Bretagne. Au programme donc, au moins 3 jours de moteur au NNE jusqu'à la latitude de Brest, puis route directe vers la Trinité. »

Passager clandestin

Mercredi 5 juin : « Distance La Trinité 1069 milles - dist.24h=116 milles. La situation météo n'est pas géniale, nous sommes contraints de faire du Nord pendant pas mal de temps en espérant trouver des vents moins contraires, ce qui rallonge pas mal la route à faire (1400M au lieu de 1200M) et nous empêche pour le moment de progresser sur la route directe. Heureusement, nous avons du vent (actuellement nous progressons à 5-6 nds au Nord) le bateau est bien gité mais tout va bien. Les équipiers sont super et font bien marcher Alfred, le confort à bord n'est pas top mais le moral au top ! »

Déjeuner sur la terrasse

Dîner dans le carré

Jeudi 6 juin : « Distance la Trinité 1018 milles - dist.24h=120 milles. Nous sommes toujours en route au nord, à 80° de la route directe, donc notre rapprochement du but est assez lent pour le moment : cela va durer ainsi pendant un jour ou deux, le temps de monter encore en latitude, jusqu'au moment où nous sortirons enfin du fort flux de NE qui nous empêche de nous rapprocher de la Trinité... nous mangeons notre pain noir.... Le bateau marche toutefois à bonne allure, 5-6 nœuds ; cette nuit, le vent refusant, nous avons tiré un long bord vers l'Est et sommes revenus ce matin au Nord avec l'adonnante du matin ; cela devrait durer ainsi... mais nous n'avons pas de temps à perdre. Heureusement, nous sommes bien consolés dans ce long temps d'attente, bien compensé par les bons soins de Philippine qui nous concocte des repas excellents, tandis que Édouard, partage des tâches des jeunes ménages modernes, fait avec grand soin et conviction la vaisselle. Le confort à bord est spartiate, secoué mais pas humide, et permet à tous de longues sessions de lectures et de bonnes siestes. »

Pétole...

Vendredi 7 juin : « Distance la Trinité 981 milles - dist.24h=121 milles. Toujours en route au nord avec un vent qui évolue peu en direction mais commence à mollir... nous avançons encore néanmoins assez bien mais passerons probablement au moteur cet après-midi pour vraisemblablement 3 jours jusqu'au moment où nous toucherons (enfin !) le vent portant que nous attendons depuis le début ; actuellement, nous sommes toujours pratiquement sur le méridien de Terceira, notre point de départ.... Le temps commence à se refroidir un peu, Alfred retrouve le climat tempéré après 7 mois de chaleur et nous trouvons cela bien agréable. Edouard est un homme persévérant, il met les lignes à l'eau avec constance et application tous les matins... l'espoir fait vivre ! L'approvisionnement fait à Horta commence à s'épuiser un peu, je n'ai décidément pas le même coup d'œil que ma chère Catherine sur la question. Ne touchant pas beaucoup au réglage des voiles, la lecture reste l'activité principale des équipiers, un vrai régal, en dehors des quarts auxquels chacun est maintenant bien habitué. »


Samedi 8 juin : « Distance La Trinité 880 milles - dist.24h=111 milles. Ça-y-est, nous sommes dans la molle ! Nous sommes au moteur depuis hier après-midi dans un faible reste de vent de secteur E; légèrement appuyé sur la grand-voile et le moteur à bas régime pour ne pas trop user de GO, Alfred se maintient à 5 nœuds dans une mer bien calmée qui ne casse pas l'erre. Nous faisons route au 60° et nous rapprochons désormais de la Trinité. Cet épisode au moteur pourrait durer jusqu'à lundi, voire mardi, mais nous devrions avoir suffisamment de GO pour atteindre le moment où nous toucherons enfin le vent portant qui nous amènera 'grand patin' à la Trinité avec une arrivée possible dans la soirée de vendredi 14. »

L'heure de la sieste...

... et maintenant, au boulot.

Dimanche 9 juin : « Distance La Trinité 771 milles - dist.24h=119 milles. Alfred avance tranquillement cap à l'Est comme un de ces gros camions qui traverse le désert d'Australie, toujours tout droit, pied sur le champignon à vitesse régulière, le chauffeur n'a rien à faire qu'à écouter la musique de son moteur : pout-pout-pout-pout.... Il fait beau, la vie est belle car nous nous rapprochons de vous ! »

Edouard fait l'appoint de gasoil

Lundi 10 juin : « Distance La Trinité 638 milles - dist.23h=133 milles. Nous avons changé l'heure du bord ce matin et sommes désormais comme vous en TU+2. La brise semble se réveiller un petit peu ce qui permet de donner un peu de répit au moteur, mais ce n'est qu'une illusion car nous ne trouverons vraiment du vent que quand la dorsale anticyclonique dans laquelle nous sommes se sera résorbée pour laisser le passage à la dépression qui est en train de nous rejoindre – enfin !!!! - et qui nous propulsera jusqu'à l'arrivée... encore 24 heures de patience ! Nous sommes à équidistance de Terceira et La Trinité, mais en réalité nous avons parcouru les 3/5èmes du chemin total, 1470 milles au lieu de 1190 en route directe. Le vent revient depuis la fin de matinée et nous sommes de nouveau à la voile à 7 nds. Tout va bien. »


La toilette dans l'eau à 16°C

Mardi 11 juin : « Distance La Trinité 511 milles - dist.23h=127 milles. Nous bénéficions depuis cette nuit d'un flux modéré du Nord qui nous permet de maintenir une vitesse de 4-5 nœuds mais qui commence à mollir ; nous allons certainement entrer en début d'après-midi dans la molle de la dorsale qui s'étend vers la Bretagne et remettre le moteur pendant les 24 ou 36 prochaines heures (bonne bête, ce moteur !). Après, nous serons rattrapés par l'approche de la dépression qui nous amènera sur la Trinité à belle vitesse. Des spéculations sur notre HPA ? Nous espérons pouvoir arriver avant l'heure du dîner à KerBiren ; nous apportons l'apéro ! A très bientôt le bonheur de vous serrer dans les bras ! »

belle journée sous code zéro


Guillaume

Mercredi 12 juin : « Distance La Trinité 367 milles - dist.24h=134 milles. Après un long bord sous code zéro hier après-midi, nous avons sombré dans la pétole hier au moment du dîner et depuis nous avançons au moteur sur une mer d'huile. Les premiers signes annonciateurs de la dépression qui fond sur nous ont commencé à apparaître dans les nuages ce matin et nous voyons sur l'eau les premières rides de la brise qui vient. Le vent de SW devrait se renforcer dans l'après-midi pour devenir costaud cette nuit avec probablement un petit jour du 13 un peu rock'n'roll à 30-35 nœuds et des rafales à 40 au moment du passage du front. Après, plein vent arrière vers la Baie de Quiberon. Cela met un peu de piment à cette fin de traversée qui aura été un peu poussive... Mais Alfred est en pleine forme, prêt à affronter le match ! »

Coucher de soleil avant le coup de chien

les premières averse annoncent le passage du front!

Jeudi 13 juin : « Distance La Trinité 217 milles - dist.24h=162 milles. Nous sommes dans le baston depuis minuit la nuit dernière avec un vent très soutenu de SSW de 35 noeuds, au grand largue sous grand-voile à deux ris et trinquette. La mer est bien formée, grosse mais régulière et sans gros déferlement ; le pilote tient bien le choc mais décroche de temps en temps dans les rafales qui atteignent parfois 45 nœuds ce qui nous permet de rester la plupart du temps à l'intérieur qui reste sec. La trinquette nous donne un peu d'inquiétude car, elle est déchirée le long du nerf de chute et la bande anti UV part un peu "en distribil". Ce n'est pas grave mais j'espère seulement qu'elle restera entière le temps qu'arrive la bascule de vent à l'Ouest qui devrait nous apporter un vent plus modéré de 20 nœuds car je n'ai pas envie de remettre le génois même réduit avec le vent actuel... Cette bascule devrait arriver (enfin !) en début d'après-midi et nous permettre de faire un dernier bord plein vent arrière vers la Trinité en renvoyant de la toile. Tout va bien à bord, nous arrivons tout de même à nous reposer un peu malgré les secousses. Vivement un vrai lit ! Ceci est notre dernier message, demain ce sera au téléphone quand nous arriverons en portée de Belle-Île dans l'après-midi. Merci Emmanuel de la part de tout l'équipage pour ton routage. »

Le vent s’est un peu calmé mais reste bien soutenu dans la journée du 13 juin quand nous traversons le rail ; nous avons pu renvoyer la grand-voile et le génois réduit, rentrer la trinquette qui a été bien éprouvée et dont les lambeaux décorent le bas étai d’Alfred. Nous sommes au sud de la pointe de Penmarch dans la matinée du 14 et cravachons toute la journée dans la brise qui fraîchit à nouveau et arrivons à 11 heures du soir au ponton de la Trinité où nous attend un beau comité d’accueil : Béatrice et Jean-Luc heureux de retrouver leurs Philippine et Edouard, Marguerite et Jacques qui accueillent leur papa sous les ‘youyou’, et bien sût ma Catherine et son grand sourire. Tout ce petit monde retourne à bord le lendemain pour désarmer Alfred qui récupère enfin son corps-mort après 9 mois d’absence.

Arrivée à bon port: Philippine, Guillaume, Dominique, Edouard

Un beau comité d'accueil malgré l'heure tardive: Jean-Luc, Philippine, Béatrice,
Marguerite, Dominique, Jacques, Guillaume, Edouard. Catherine prend la photo.

Jacques déploie toute son énergie dans le désarmement d'Alfred.

Ce fut un périple magnifique de 11400 milles où Alfred, si ce n’est l’épisode du moteur, s’est magnifiquement comporté. Le gréement dormant et les voiles sont en bon état à part la trinquette qui va faire un petit tour chez le voilier, l’installation électrique montre quelques faiblesses dues à de mauvais contacts dans le tableau qui sera rapidement revu, quelques fuites de hublots seront étanchées rapidement et Alfred sera vite disponible pour emmener cet été nos enfants et petits-enfants explorer l’inépuisable et merveilleuse côte de Bretagne Sud.

Notre-Dame de Bon Port

Saint Nicolas, patron des marins.

Après Cuba en 2012-13, le Brésil en 2015-16, les Petites Antilles en 2016-17, la côte Ouest Africaine en 2022-23 et les Bahamas en 2023-24, Alfred achève la cinquième de ses pérégrinations atlantiques au cours desquelles nous avons accueilli à bord 131 équipiers différents, d’âges compris entre 3 et 77 ans, dont certains sont revenus 5 fois. Pour tous ces voyages et les liens d’amitié créés et entretenus à bord, nous remercions les deux saints patrons d’Alfred, Notre-Dame de Bon Port, patronne de notre paroisse de Nantes, et Saint Nicolas, patron des marins. Il eût été judicieux pour ce dernier voyage d’associer à nos protecteurs Saint Eloi pour veiller sur notre moteur…. Heureusement, Sainte Rita, toujours disponible et qui compte tant de généreux dévots parmi nos équipiers, est venue à notre secours quand nous avons eu besoin d’elle!