samedi 16 mai 2026

La Trinité – Dunkerque : Alfred sur la trace des Vikings

 

L'équipage au départ de la Trinité: Pierre, François, Dominique

Dimanche 3 mai. Alfred est au « ponton visiteurs » de La Trinité, prêt à partir à l’aventure sur les traces des Vikings. Alfred vient de passer un mois au sec sur le terre-plein de la darse nord à se refaire une beauté : les œuvres vives sont ‘’nickel’’ et la coque, passée au polish est bien blanche, comme elle ne l’a pas été depuis longtemps. L’installation électrique intérieure a été révisée et fonctionne, le mouillage a été changé (50 mètres de chaîne neuve) et, nouveauté, une caisse à eaux noires, obligatoire dans les pays du Nord, en particulier aux Pays-Bas, est installée dans le placard à cirés des toilettes ; il faudra désormais faire sécher nos vestes de quart autrement… Alfred est prêt ! Petit doute cependant sur l’état du pilote principal d’Alfred : il avait donné des signes de faiblesse à la fin de l’été avec des pannes aléatoires ; les essais du pilote qui fonctionnait très bien avant départ n’ont pas permis d’identifier l’origine de ces pannes aléatoires… touchons du bois et puis nous avons le pilote de secours attelé à la barre en cas de panne.

Les Marchais nous accompagnent jusqu'à la Teignouse: Catherine, Chantal, Rodolphe


Un départ dans la pétole

Dîner de veille d’appareillage le soir à Kerbiren avec François et Gaëlle Fleith ainsi que Rodolphe et Chantal Marchais pour que l’équipage du trajet LaTrin’-Dunkerque fasse connaissance, François, Pierre et Dominique : François a partagé avec nous,quand il était sur Aria de François Biette, une navigation au Sine Saloum et en Casamance en 2023 et je suis heureux de revivre une navigation avec Pierre après avoir été son matelot sur Ambrym lors de notre mémorable traversée Thaïlande-Turquie l’année dernière.

Départ de l'anse de Penhir en passant par les Tas de Pois

Douce soirée à l'Aberwrac'h

Appareillage donc le lundi à 11 heures ; Rodolphe et Chantal embarquent Catherine sur leur bateau à moteur pour nous accompagner jusqu’à la Teignouse. La Baie de Quiberon est traversée au moteur dans la pétole et nous pouvons hisser les voiles à la hauteur des Birvideaux pour un louvoyage le long de la côte pendant la journée. La brise adonne au niveau des Glénans et Penmarc’h est dépassé vers minuit sur le même bord, ce qui nous permet d’attraper la fin du flot au Raz de Sein peu après 4 heures du matin. Nous allons nous réfugier en début de matinée à l’abri de l’anse de Penhir, au bout de la Presqu’île de Crozon pour attendre la prochaine renverse du Chenal du Four.

Arrivée à Ploumanach


Promenade dans les rochers roses

Dans la matinée, nous avons la visite de Katrina et Olivier Noël, équipiers réguliers d’Alfred, qui viennent nous faire un petit coucou sur la plage de l’anse de Penhir depuis leur maison voisine de Lostmarch. Nous repartons en début d’après-midi et, après un passage entre les Tas de Pois, nous embouquons le Chenal du Four jusqu’ l’Aberwrac’h où nous mouillons à l’heure de l’apéro.

La plage de Saint Guirec



Couleurs du soir à Ploumanac'h

Nouveau départ le mercredi 6 mai avant 8 heures de l’Aberwrac’h, cabotage le long de l’Île Vierge puis à l’intérieur des chenaux de l’Île de Batz et enfin le long de la côte de granit rose, avant d’aller trouver refuge dans le port de Ploumanac'h. Promenade en fin d’après-midi le long de la côte dans le chaos des superbes et gigantesques rochers, jusqu’à la niche où Saint Guirec veille depuis le VIème siècle sur les marins et accueille les jeunes femmes en espérance d’enfant qui viennent pour cela lui chatouiller le nez.

Mouillage dans la Corderie de Bréhat; Alfred à droite

Courte navigation le lendemain entre Ploumanac’h et l’île de Bréhat en contournant le Sillon de Talbert et arrivée vers 14 heures, bien à l’abri dans le mouillage de la Corderie. Nous profitons d’une belle après-midi dans ce petit paradis qu’est Bréhat, encore préservé à cette période de l’invasion des touristes, en faisant une longue promenade.

Promenade à Bréhat


L’étape suivante est sujet à débat dans l’équipage : avons-nous le temps de faire étape dans les îles Anglo-Normandes, à Sark par exemple, ou devons-nous poursuivre la route plus avant ? Finalement, compte tenu de la météo et d’un coup de vent de NE annoncé dans deux jours, nous décidons de contourner directement la péninsule du Cotentin pour nous rapprocher davantage de notre destination finale, Dunkerque. Nous décidons donc d’une étape plus longue avec une nuit, voire deux en mer ; les Anglo-Normandes sont dépassées vers 20 heures en embouquant le passage entre Guernesey et Herm puis le Raz Blanchard vers 2 heures du matin le 9 mai. Le passage de la pointe du Cotentin est beaucoup plus laborieux, nous louvoyons toute la matinée le long de la côte en nous aidant du moteur pour lutter contre les courants contraires et dépassons enfin la pointe de Barfleur vers 14 heures.

La plage de galets de Fécamp

Le Palais Bénédictine ...

... que l'on déguste

Le pilote, qui avait parfaitement fonctionné jusqu’alors, commence alors à nous faire défaut avec des décrochages inopinés et aléatoires : les mêmes symptômes que ceux constatés à l’automne dernier et que nous n’avons pas pu identifier lors de la préparation d’Alfred. Pour couronner le tout, le pilote de secours, qui marchait parfaitement avant le départ, part en ‘’distribile’’ (expression brestoise) : pour une raison inexpliquée, la couronne d’entraînement de la barre s’ouvre en deux et toutes les billes de roulement tombent au fond du cockpit avant de partir à l’eau ; nous récupérons 4 billes sur les 21. Nous poursuivons la route vers Fécamp avec un pilote malade et une brise qui se renforce et y arrivons enfin à 2 heures du matin sous trinquette et grand-voile à 2 ris par forte brise et pluie battante.

Les voiliers-cargo de l'armement TOWT, TransOceanic Wind Transport, en liquidation judiciaire, attendent un nouveau départ

Vue du magnifique ''Musée les Pêcheries'' de Fécamp

Nous sommes bien contents d’être à l’abri dans le port de Fécamp avec le temps de cochon de ce dimanche 10 mai. Après un bon sommeil réparateur et le p’tit-déj qui suit, nous nous attelons à deux tâches : trouver un chaudronnier pour renforcer le portique arrière qui sert de bossoir pour l’annexe et dont un portant commence à se fissurer (mais nous sommes dimanche…) – ensuite, entreprendre une recherche systématique de l’origine des pannes aléatoires du pilote. Pierre s’attèle à cette dernière tâche avec sa double compétence d’ingénieur et d’électricien et arrive à identifier l’origine probable de la panne : la rotule qui relie le vérin de pilote à la barre est fortement grippée et la boule de rotule est brisée en trois morceaux, il faut changer la pièce. Ceci explique le caractère aléatoire de la panne de pilote : si la rotule se bloque inopinément, cela provoque une surtension dans la commande du vérin et le pilote décroche - CQFD. Les deux réparations sont à faire mais nous sommes néanmoins très satisfaits de cette découverte car le problème aurait pu compromettre la suite du programme d’Alfred et nous profitons de l’après-midi pour une courte découverte de Fécamp par ce temps maussade avec un passage obligatoire par le ‘’palais’’ de la Bénédictine.

Vue de la falaise de Fécamp ; au loin, Etretat 

L'Abbatiale de Fécamp

Dès lundi matin les problèmes sont en voie de résolution : un mécanicien-soudeur talentueux, Brice Vandewoestyne, vient à bord et repassera le lendemain à la première heure pour réparer le portique et emporte la rotule endommagée pour la rafistoler provisoirement. Parallèlement, nous commandons par internet une rotule neuve qui nous sera apportée mercredi par Philippe du Couëdic qui embarque sur Alfred pour la prochaine étape. Il fait beau et la journée est libre : François et Pierre partent faire une marche jusqu’au sommet de la haute falaise qui surplombe à l’E la ville et la longue plage de galets qui la borde, avec au loin l’arche et l’aiguille d’Etretat, puis nous nous retrouvons tous les trois pour visiter ensemble la magnifique Abbatiale de Fécamp.

Départ de Fécamp pour Dunkerque


Ventre à terre, plein vent arrière, avec des pointes à 11 noeuds!

Brice, ponctuel, arrive à bord à 8h15 le mardi 12 mai avec tout son matériel de soudure pour renforcer le portique ainsi que la fameuse rotule rafistolée que Pierre remonte sur le vérin du pilote. A 11 heures, tout est en ordre et nous repartons vers Dunkerque, notre destination finale. Belle journée de voile très ensoleillée avec une belle brise, au grand largue d’abord, puis plein vent arrière voiles en ciseaux, allure où Alfred est particulièrement agréable et efficace : des pointes à 11 nœuds ! Au passage du cap Gris Nez vers minuit, le vent commence à mollir et nous arrivons un peu poussivement, en nous aidant du moteur sur la fin, dans le port de Dunkerque où nous amarrons Alfred à 7 heures à la marina du Port du Grand Large. C’est du même ponton qu’Ambrym était parti en juin 2017 pour son périple de huit ans autour du monde. Pour notre part et plus modestement, nous avons parcouru 597 milles (470 en route directe) depuis notre départ de la Trinité il y a un peu plus d’une semaine.

Arrivée au petit jour à Dunkerque

Pierre revoit avec émotion l'usine pétrochimique Versalis où il a travaillé près de dix ans

Les jolies façades du front de mer à Malo-les-Bains