jeudi 28 mai 2026

De Dunkerque à Amsterdam : Sur les canaux de Hollande

Sur l'arrière de son bateau,
Le batelier promène
Sa maison naine
Par les canaux.

Elle est joyeuse, et nette, et lisse,
Et glisse
Tranquillement sur le chemin des eaux.
Cloisons rouges et porte verte,
Et frais et blancs rideaux
Aux fenêtres ouvertes.

 

Et, sur le pont, une cage d'oiseau
Et deux baquets et un tonneau ;
Et le roquet qui vers les gens aboie,
Et dont l'écho renvoie
La colère vaine vers le bateau.

Le batelier promène
Sa maison naine
Sur les canaux
Qui font le tour de la Hollande,
Et de la Flandre et du Brabant.

….

Emile Verharen – Le Chaland


L'équipage au départ de Dunkerque: Henry, Philippe, Christine, Isabelle, Catherine, Dominique

Pierre nous largue les amarres

56 milles vers Flessingue, avec un bon vent et un froid de canard...

Quand nos nouveaux équipiers nous rejoignent le mercredi 13 mai à la marina du Grand Large à Dunkerque, Alfred a réparé ses petits bobos qui nous préoccupaient : le portique arrière est désormais solide et le pilote fonctionne parfaitement. Henry et Isabelle de Lavenne, chers amis et voisins nantais, nous ont déjà accompagnés aux Antilles en 2017 puis aux Îles du Cap Vert en 2023 ; Philippe et Christine du Couëdic sont des amis de longue date depuis notre période paimpolaise –Philippe est le parrain très affectueux de Jean-Sébastien – et embarquent pour la première fois. Catherine, Isabelle et Henry, arrivés en début d’après-midi, ont le temps d’aller visiter le ‘’Musée Dunkerque 40– Opération Dynamo’’ sur l’évacuation de 340000 soldats de la Poche de Dunkerque en mai-juin 1940 pendant que Pierre et Dominique font quelques derniers bricolages sur le bateau, en attendant l’arrivée des du Couëdic qui nous rejoignent à l’heure de l’apéro pour dîner à bord. Pierre profite de sa dernière soirée à Dunkerque pour retrouver ses anciens collègues d’usine autour d’un dîner au restaurant.

Notre itinéraire à travers les Pays-Bas: les canaux de la Zélande, le Zuiderzee puis les Îles de la Frise.;
 nous ne pourrons suivre les canaux jusqu'à Amsterdam à cause de voies bouchées (trajet jaune)
que nous contournerons par la mer entre Rotterdam et Amsterdam.
 
Passage de la première écluse à Flessingue

Pendant que Catherine part faire quelques courses de pain et légumes frais le jeudi matin, Pierre nous donne un dernier coup de main pour les derniers pleins d’eau et gazole et nous largue les amarres pour un appareillage à 10 heures vers Flessingue, en Hollande sur l’embouchure de l’Escaut à 55 milles au NE. Navigation un peu sportive mais rapide, sous grand-voile et génois au petit largue d’abord, puis sous trinquette quand le vent commence à refuser devant Zeebrugge où les estomacs sont un peu sollicités… Petit moment d’émotion près des grands môles de Zeebrugge quand nous apercevons soudainement à 20 mètres devant notre étrave une grosse épave flottante de cinq mètres de long, apparemment ancrée sur le fond, non indiquée sur la carte mais marquée par une bouée cardinale nord négligée par le skipper… saura-t-il garder la confiance de son équipage après cette gaffe ? Après cette journée fatigante et surtout très froide, nous franchissons notre première écluse – il y en aura beaucoup d’autres par la suite - nous nous réconfortons le soir dans une petite marina fluviale en faisant sauter le bouchon d’une bonne bouteille de champagne apportée par Christine et Philippe. Gros dodo avant d’entamer demain notre voyage fluvial à travers les Pays Bas.

Départ vers les canaux de Hollande

Middlelburg

Notre première journée le vendredi 15 mai dans la ‘’Staande Mastroute’’ – qui permet de traverser avec son mât (tirant d’air max = 18,5m) la Hollande du sud au nord par un complexe réseau de canaux et bras de fleuves – avec sa succession de multiples écluses et ponts en tous genres (ouvrant, levant, basculant…), est une expérience nautique nouvelle et originale. Partis à 10 heures de Flessingue, nous traversons dans la matinée la langue de terre qui sépare l’embouchure de l’Escaut du vaste delta du Rhin : cinq ponts en passant par Middelburg avant d’arriver à l’écluse de Veere qui débouche dans la Veerse Meer, ancien bras du Rhin. Dans l’après-midi, nous poursuivons une navigation fluviale sous génois seul, interrompue par le passage de l’écluse de Zandkreek, et nous réfugions le soir dans un petit port de Bruinisse, proche des importantes écluses de Krammer que nous franchirons le lendemain. Bilan de la journée, 31 milles parcourus pour moitié à la voile, 5 ponts et 3 écluses franchies.


Isabelle à la manœuvre

La première péniche frisonne, nous en verrons bien d'autres après....

Nous trouvons refuge dans le petit port de Bruinisse avant de passer l'écluse de Krammer

Cette première journée nous aura décomplexés par rapport à ce genre de navigation : l’organisation des passages des ponts et écluses est parfaite et bien coordonnée et nous savons comment l’approcher. Après le passage de l’écluse de Krammer, nous entrons samedi dans un large bras de l’estuaire du Rhin et de la Meuse. Le trafic d’énormes péniches et de navires de mer y est intense et nous passons assez près du Pont de Zélande qui était le plus long pont d’Europe au moment de son achèvement en 1965. Une grande partie de la journée se passe à la voile, tranquillement sous génois seul et après le passage des écluses de Willemstad, nous entrons dans la ‘’Vieille Meuse’’ avant d’embouquer l’étroit canal qui nous mène à Dordrecht où nous nous amarrons au centre-ville, le long des vieilles maisons fleuries du XVII et XVIIIème siècles. Le temps est froid et maussade, nous visitons l’immense et magnifique église proche de la darse où Alfred est amarré avant d’aller nous réchauffer dans l’ambiance chaleureuse d’un bar chaleureux où nous nous initions à la bière hollandaise, conseillés par la clientèle très accueillante.


L'imposante écluse de Krammer






L'arrivée à Dordrecht


Petite balade en ville dimanche matin 16 mai dans Dordrecht par un temps beaucoup plus clément – nous ne trouverons pas de messe dans ce pays protestant – avec en particulier la visite de  Huis Van Gijn toute proche de l’amarrage d’Alfred : c’est une maison de ville du début XVIIIème, d’apparence extérieure assez simple, mais splendide et immense à l’intérieur ; possédée par un riche collectionneur, elle fut léguée en l’état à la ville sous la condition qu’aucun bibelot où livre ne bougeât des nombreuses commodes et vitrines, pour en faire un musée – un vrai régal.




L'église de Dordrecht...

... dont le sol est constitué de grandes et superbes pierres tombales


no comment ....

Chaleureuse soirée autour d'une pinte de bière locale dans un estaminet....

... où l'on se fait des amis ...

... sous la protection du Seigneur ... !!!


Couleurs du soir à Dordrecht

Nous quittons Dordrecht vers midi pour un bref chenalage de 6 milles jusqu’au petit bourg de Kinderdijk un peu plus au nord et trouvons un amarrage dans une darse minuscule dans laquelle nous nous faufilons. C’est là, de l’autre côté de la rive que l’on traverse en bac, que se trouvent les fameux moulins de Kinderdijk classés au patrimoine mondiale de l’UNESCO : une image des Pays-Bas connue du monde entier. Nous y passons l’après-midi à admirer cette enfilade de gigantesques moulins à vent, les uns habités et deux d’entre eux aménagés en musées très didactiques où l’on explique que ceux-ci servaient naguère à réguler les niveaux des eaux des canaux. Une longue marche dont nous rentrons fourbus nous réfugier dans notre havre minuscule à l’heure de l’apéro.



Vues de Dordrecht






Début de balade autour des moulins de Kinderdijk




Isabelle et Christine s'extasient en visitant l'habitat d'une famille de 12 enfants dans l'un de ces moulins



Appareillage lundi matin 18 mai dès huit heures pour rejoindre les canaux qui nous emmènent jusqu’à Gouda, la capitale hollandaise du fromage ; nous nous y amarrons vers midi au cœur de la ville après avoir parcouru 16 milles et franchi trois ponts-écluses et trois ponts : nous admirons la parfaite organisation et coordination de la navigation fluviale du pays qui nous permettent de passer ces obstacles avec le minimum d’attente. Longue balade l’après-midi dans cette bourgade ancienne et charmante avant d’aller dîner le soir au restaurant ‘Brunel’ – excellent ! – (en face du marché aux poissons) où nous invite notre équipage avant que nos amis du Couëdic nous quittent le lendemain pour rentrer à Lille.

Nouveau départ vers Gouda




L'Arche de Noé égarée dans la Nouvelle Meuse

La suite de notre pérégrination se poursuit donc à quatre mais nous ne pourrons pas poursuivre notre route vers Amsterdam en passant par les canaux : la voie du nord est en effet empêchée par deux écluses en avarie et nous devons faire demi-tour vers Rotterdam pour rejoindre Amsterdam par la mer. Philippe et Christine nous larguent donc les amarres mardi matin un peu avant dix heures pour une longue journée, d’abord 30 milles de moteur jusqu’aux passes de sortie du port de Rotterdam, puis 30 milles de voile jusqu’à Amsterdam. La traversée du port de Rotterdam qui s’étend sur presque 20 milles est impressionnante d’activité et nous avons l’impression, nous faufilant parmi les péniches mastodontes et les grands navires de mer, d’être le hérisson qui traverse l’autoroute. Une fois sortis du port vers 16 heures, nous avalons à 8-9 nœuds la route vers Amsterdam avant de trouver notre amarrage dans le marina de Ijmuiden qui se trouve à l’ouvert du port au sud, immédiatement après les grands môles de l’entrée.

Arrivée à Gouda, accueillis par l'éclusière


La grande halle de Gouda où étaient pesés les fameux fromages

L'Hôtel de Ville de Gouda



Plaques commémoratives des déportés du nazisme, scellées entre les pavés


Nos amis nous offrent un somptueux dîner au 'Brunel' avant que Christine et Philippe nous quittent à  Gouda

Traversée spectaculaire du port de Rotterdam avec son activité spectaculaire et ses bateaux gigantesques
dont 'Orion', un impressionnant navire-grue, puissance de levage 5000 tonnes! 

Nous repartons de la marina d’Ijmuiden mercredi matin 20 mai dès après le petit-déjeuner avec l’intention d’aller à Haarlem dont le canal d’entrée se trouve à 6 milles en amont sur le Noordzeekanaal qui mène à Amsterdam, afin de retrouver notre petite-fille Héloïse qui doit nous rejoindre, d’Utrecht où elle vit, pour passer la journée. Les imposantes écluses sont passées rapidement mais nous trouvons porte close - ou plutôt pont à bascule baissé – nous interdisant l’entrée vers Haarlem ; nous tournicotons une heure devant ce pont fermé avant de comprendre qu’il est en avarie prolongée et décidons de poursuivre directement vers Amsterdam. Héloïse, avertie de ces péripéties, nous attend vers midi à la marina Sixhaven, en plein centre-ville, où nous nous amarrons pour déjeuner. Jolie balade l’après-midi avec Héloïse au bord des canaux de la ville historique qui nous mènent jusqu’à l’ancien arsenal de la Compagnie des Indes qui héberge le beau musée de la Marine de cette grande nation maritime.


Arrivée à Amsterdam, accueillis par Héloïse, notre petite-fille




L'ancien Arsenal de la Compagnie des Indes devenu Musée de la Marine
 
Bataille de Gibraltar en 1607: en 4 heures, la flotte néerlandaise anéantit le flotte espagnole




Nous sommes à Amsterdam pour quelques jours mais nous allons plutôt voir ses alentours car nous avions eu l’occasion de faire les visites des musées lors d’un passage précédent il y a deux ans. Surprise en arrivant, nous voyons dans la marina de Sixhaven, amarré tout proche de nous, le ‘’Saint Liénard’’ de nos amis morbihannais France et Hervé de Belloy, partis du Bono depuis le mois d’avril pour un périple un peu semblable au nôtre qui les amènera jusqu’en Finlande, « La Nouvelle Odyssée » (voir leur site www.lanouvelleodyssee.com).


Octogénaires en goguette 

Isabelle et Henry devant la gare d'Amsterdam

Le ''Saint Liénard'' de nos amis Hervé et France de Belloy

Première excursion donc jeudi à Haarlem à une demi-heure de train en partant de la gare centrale située sur l’autre rive du Noordzeekanaal, en face de la marina. La promenade dans cette petite ville charmante au passé prestigieux est délicieuse : la chaleur du soleil qui revient après ces 15 jours de froid et de vent a fait ressortir sur les places fleuries les tables de bistrot et même les canapés…. On bronze sur les terrasses ! Nous sommes particulièrement subjugués par l’immense Eglise Saint Bavon, dont la construction a commencé au XIVème et devenue temple protestant après la Réforme, et son gigantesque orgue (30 mètres de haut et plus de 5000 tuyaux) sur lequel le jeune Mozart a joué à l’âge de dix ans.

Hervé et France de Belloy: initiation au matelotage sur textile dyneema

Statue de Kenau, légendaire résistante contre les Espagnols durant le siège de Haarlem en 1573 (Guerre de 80 ans)
e
Vues de Haarlem




L'église Saint Bavon d'Haarlem....


... et son grand orgue qui fut joué par le jeune Mozart âgé de dix ans


La Cathédrale Catholique Saint Bavon (début XXème) porte le même nom que l'ancienne, convertie en temple en  1578


Deuxième escapade le lendemain vendredi 22 mai, toujours en train et munis d’un piquenique, vers Utrecht où Héloïse nous accueille ; elle est chez elle et nous guide dans sa ville d’adoption. Nous flânons le long des canaux de la vieille ville jusqu’à la Cathédrale Saint Martin d’Utrecht, ‘Dom van Utrecht’. Construite sur trois siècles à partir du XIIème, la nef s’écroula en 1674 sous l’effet d’une tornade ; il reste le chœur et le transept séparés du gigantesque clocher, la ‘’Tour’’, magnifique qui s’élève 112 mètres, la plus haute des Pays-Bas : La tour de la Cathédrale, Domtoren, est un joyau de l’art gothique qui héberge dans son beffroi des cloches monumentales dont la plus grosse, « Salvator », pèse près de 10 tonnes et fut coulée comme les 13 autres en 1505 et à son sommet un carillon qui sonne à plusieurs heures de la journée.

A Utrecht, Héloïse nous initie à la gastronomie hollandaise

Héloïse et Grand-mère; au fond, la Domtoren, clocher de l'ancienne Cathédrale Saint Martin d'Utrecht ...
..
... devenue temple protestant après la Réforme...

.... une passation qui ne s'est pas faite dans la douceur, à voir ces bas-reliefs défigurés.


En 1674, la nef de Saint Martin a été détruite par une tornade ; depuis, le clocher (Domtoren) est séparé du transept.
 

Salvator, la plus grosse cloche de la sonnerie de Saint Martin, 10 tonnes, coulée en 1505
,,
Et son carillon, joué tous les jours.

Vue du transept de Saint Martin du haut de Domtoren




Dernière vue de la ville adoptive d'Héloïse




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