vendredi 10 février 2023

Du Sine Saloum aux Bijagos en passant par la Casamance

Notre équipage: Katrina et Olivier Noël, Francis de la Haye
(photo prise dans un bolong des Bijagos)

De retour à bord après notre séjour à Gorée et une nuit de Saint Sylvestre passée avec les moines de Keur Moussa, nous sommes au repos pendant une bonne semaine à Mar Lodj ; semaine de détente à rencontrer nos nouveaux amis, Marie et Philippe au Bazouk, Mariétou et Diogou et leur famille, les rencontres à la sortie de la messe à la paroisse si vivante de la Sainte Famille etc. semaine active aussi avec des courses au magasin Auchan de M’Bour, conduits par Kara, notre taximan attitré, les pleins d’eau et de gasoil par jerrycans de 20 litres…

La vie paisible et pleine de charme de Mar Lodj


Alfred est prêt pour la deuxième partie du programme et nous appareillons le 9 janvier pour remonter le Saloum vers Foundiougne où nous devons accueillir nos nouveaux équipiers, Katrina et Olivier Noël et Francis de la Haye. Olivier et Francis sont deux vieux copains de la promo 67 de l’Ecole Navale. Les Noël sont des équipiers réguliers et nous ont déjà rejoints à Salvador de Bahia en 2016 puis à Trinidad en 2017 ; quant à Francis, s’il n’a jamais navigué sur Alfred, il est tout de même un bel oiseau des îles qui nous vient de l’Île Maurice où il vit.

Tantale Ibis

Aigrette des récifs

Grande aigrette blanche

Héron Goliath

Spatules

Mardi est jour de marché à Foundiougne et nous complétons l’approvisionnement en fruits et légumes avant d’accueillir nos amis le soir au mouillage devant le « Baobab en terre ». Nous décidons de leur faire connaître un peu le Siné Saloum et les lieux où nous avons travaillé depuis un mois et demi avant de poursuivre notre périple vers la Casamance puis les Bijagos.

Après notre mission 'albinisme' pour VSF, nous découvrons au musée de 'Mahicao' à Djilor Djidiack
près de Ndangane cette fresque évoquant le sort dramatique des albinos en Afrique de l'Ouest

Le Siné Saloum

C’est ElHadji le piroguier qui nous a expliqué l’origine du nom « Sine Saloum » donné à ce vaste delta irrigué d’innombrables bolongs où se rejoignent deux fleuves, le Saloum et le Diombos : les Serères de la région se divisent en 3 communautés, les ‘’Sine–Sine’’ terrestres, ceux proches du fleuve, les ‘’Saloum-Saloum’’, et entre les deux les ‘’Sine-Saloum’’, nom donné à l’ensemble du delta.

Pirogue neuve de Fambine qui attend sa mise à l'eau

Le balisage du Saloum

Cheikh, sous son chapeau, pose devant la pirogue qu'il vient d'achever


Après une journée logistique à Foundiougne (refaire le plein de butane pour la cuisine, embarquer une porte en bois destinée à la case-santé de Maya chez le menuisier Modou et tenter vainement de faire réparer chez Samba la tablette d’Yves tombée dans un coma profond depuis la sortie de Saint-Louis du Sénégal), nous commençons jeudi 12 janvier notre dernière descente du Saloum vers l’océan. Premier arrêt devant le village de Fambine pour faire admirer à nos amis le magnifique savoir-faire des charpentiers qui y construisent des pirogues. A marée haute, nous avons la chance d’assister au lancement de la pirogue de 17 mètres qui, calfatée par notre ami Cheikh, était en achèvement lors de notre passage précédent avant Noël ; depuis, elle est revêtue de ses belles couleurs sénégalaises et rejoint son élément, hâlée par une quarantaine d’hommes encouragés par les cris rythmés d’un chef d’équipe : un moment superbe !

Dernière visite à Maya

La cueillette  et le traitement des huitres de palétuviers a commencé



Débarquement de la porte de la case-santé de Maya

Nous mouillons jeudi après-midi une dernière fois devant le village de Maya, d’une part pour y débarquer la porte en bois qui ira fermer la clôture de la case de santé (et ainsi empêcher les chèvres d’y entrer, et de lécher jeunes accouchées et nouveaux-nés !), mais aussi et surtout pour faire nos adieux à nos amis, Aïda la matrone, Malick l’instituteur et Ami sa si charmante épouse. Le soir, Aria nous rejoint pour un dîner commun à son bord ; nous y faisons la connaissance de François Fleith, nouvel équipier de François pour la Casamance, « Locmariakerois » comme lui et, de surcroît, cousin germain de notre chère Nanou !

Descente du Saloum

Francis en contemplation

Olivier à la veille


Katrina au débarcadère de Moundé


Sur le chemin de Moundé

Le lendemain matin, un ‘’Vendredi 13’’, Aria et Alfred appareillent de conserve pour Mar Lodj. Au passage, après une courte halte à Moundé pour livrer à Lamine les grilles à reine introuvables au Sénégal et apportées de France par Olivier, nous faisons un détour par Wandié pour apporter à Abdoulaye, le propriétaire des trois ruches peintes par Héloïse, Inès et Marie-Aimée, des compléments de tenues d’apiculteur, 4 paires de bottes et 4 paires de gants d’apiculteur. Nous nous arrêtons au village de Wandié pour un dernier salut à nos amis, Adama, Boubacar et Abdoulaye qui nous emmène visiter les trois ruches installées dans la mangrove depuis une semaine : elles sont déjà investies par les abeilles et l’activité y est déjà intense : première récolte de miel de mangrove dans trois mois, Abdoulaye promet de nous en donner des nouvelles !


Abdoulaye devant le ruche d'Héloïse déjà investie par les abeilles


Les chèvres se nourrissent de plastique pour produire un fromage  sous emballage

Filets séchant sur la plage de Wandié

Nous retrouvons le soir Aria au mouillage de Mar Lodj. La journée du samedi est consacrée à une belle balade-picnic dans la pirogue d’ElHadji qui nous emmène d’abord visiter les puits à sel de Palmarin avant de nous installer pour l’heure du déjeuner autour d’une table, dressée avec une belle nappe sur un banc de sable au cœur d’un bolong. Après cette pause déjeuner les pieds dans l’eau et une séquence baignade-sieste-baignade, nous rentrons à la tombée du jour en contournant l’«Île aux Oiseaux» pour admirer les nombreux pélicans, spatules, hérons Goliath et autres hérons qui reviennent avec le soir… Nous terminons la soirée par un dîner d’adieux chez Mariétou et Diogou, autour d’un tieboudiène.

Les salines de Palmarin (photo prise par Henry de Lavenne)

Préparation des trous de sel à Palmarin




Balade à l'île aux oiseaux sur la pirogue d'El Hadji

Far niente


Baobab

Tels les navigateurs portugais qui découvraient le monde et avant d’appareiller vers la Casamance nous assistons à la messe du dimanche matin à Mar Lodj, concélébrée par 4 prêtres pour la fête de la Sainte Famille dans l’église qui porte son nom. Déjeuner au « Bazouk du Saloum » pour dire au-revoir à Marie et Philippe puis appareillage vers 15h30, passage devant Djiffere, sortie du Saloum et route vers la Casamance en passant au large pour éviter les nombreux filets et casiers. Malgré cette précaution, nous accrochons un filet à la nuit tombante et sommes obligés de plonger sous la coque dans le noir pour nous dégager.

Dernier dîner chez Mariétou


Dernière messe à la paroise de la Sainte Famille à Mar Lodj

Déjeuner d'adieu au 'Bazouk du Saloum; au-revoir Marie et Philippe

La Casamance

Après 110 milles de navigation, nous arrivons vers 16h le lundi 16 janvier au large de la pointe de Djogué qui marque au Nord l’entrée de la Casamance. Dès l’approche, nous voyons un zodiac noir en route vers nous : ce sont les commandos marine, armés jusqu’aux dents, qui, après un contrôle rapide, demandent à être pris en photo sur Alfred, le M16 entre les mains … puis d’envoyer le cliché par WhatsApp à la petite amie… le machisme ne connaît pas de frontière. Nous sommes rejoints le soir par Aria pour mouiller devant Carabane, village de la rive sud de l’entrée de la Casamance.

Comité d'accueil en Casamance... très chaleureux malgré les apparences


Mardi 17 janvier nous quittons Carabane et remontons le bolong d’Elinkine, pour pénétrer de plus de 10 milles à l’intérieur de la mangrove et arriver au soir jusqu’à Katakalousse, proche du Cap Skirring. Une grande balade des deux équipages est organisée le lendemain avec le minibus de «Momo», excellent guide, qui nous emmène visiter la forêt d’Oukout, pause déjeuner dans un resto installé dans une ‘’case à impluvium’’ près d’Oussouye puis visite de la culture des anacardiers et des noix de cajou près de M’Lomp. La journée se termine au village de pêcheurs du Cap Skirring où nous achetons trois tiofs pour le dîner d’anniversaire de Dominique (76 balais !) fêté sur Aria.

Promenade à M'Lomp

Maison à étage de M'Lomp

Musée ethnologique de M'Lomp


Impressionnants casse-têtes en racines de palétuviers

Patern devant la cocotte minute pour cuire les noix de cajou


Valère, conservateur du musée ethnologique d'Ossouye 



Le port de Cap Skirring


'Happy birthday to you, mister Captain'

Remontée du bolong de Katakalousse le jeudi 19 et retour vers le fleuve Casamance. Chemin faisant, nous nous arrêtons longuement au village d’Elinkine où nous découvrons une activité intense de pêche. Elinkine est un village avec une forte communauté ghanéenne qui a créé depuis dix ans une importante activité de pêche de raies et requins ; les poissons sont débarqués depuis les pirogues par les pêcheurs en énormes tas sur la plage et traités immédiatement par une armée de personnes, essentiellement des femmes, qui les débitent en morceaux où ils sont emportés directement vers des fumoirs ou des hangars de séchage, puis envoyés au Ghana : une économie locale impressionnante. Après cet arrêt nous remontons vers le fleuve Casamance et mouillons pour la nuit dans le bolong de Cajinole sur la route de Ziguinchor.

La plage d'Elinkine

Olivier admire le savoir-faire du vieux ramandeur de filet

Confection des bouts'

Débarquement des raies à Elinkine par les pêcheurs ghanéens





Nous voici donc arrivés le vendredi 20 au mouillage devant l’hôtel ‘’Kadiandoumagne’’ à Ziguinchor pour notre dernière escale de quatre jours au Sénégal afin d’effectuer nos formalités de sortie et les derniers approvisionnements avant de partir pour les Bijagos. Quatre jours d’activité intense : visite au Consulat de Guinée-Bissau pour les visas, démarches de sortie à la capitainerie et à la police, plein d’eau, grands achats de fruits et légumes au marché de Boucotte car la logistique s’annonce plus difficile aux Bijagos… ces tâches obligatoires sont heureusement partagées avec de grands moments de détente et de bulle au bord de la piscine du Kadiandoumagne ainsi que de dîners au restaurant de l’hôtel où les deux équipages se retrouvent autour de délicieux plats de gambas grillées agrémentés du charme de Khadija, la serveuse Les formalités de sortie auprès des autorités sont en outre grandement facilitées par les contacts qu’Olivier a pu renouer avec un ancien Chef d’Etat-Major de la Marine Sénégalaise qui était un ‘’fistot’’ de l’Ecole Navale, ainsi qu’avec le directeur du port Mustapha Ndiaye, ancien commandant de navire d’un armateur vannetais ami d’Olivier.

Francis et Olivier au départ d'Elinkine


Remontée du Saloum vers Ziguinchor

Katrina à l'hôtel 'Kadiandoumagne' de Ziguinchor

Petite péripétie regrettable au mouillage de Ziguinchor, à la suite d’un geste maladroit: le capot de protection du canot de survie sur la jupe arrière tombe à l’eau … et coule par 6 mètres de fond dans la Casamance, avec un courant de flot très fort. Une première plongée sous la coque montre qu’une recherche par nos moyens propres est illusoire : le courant est trop fort et la visibilité est nulle dans cette eau boueuse. Nous arrivons à trouver un plongeur chez les pompiers de Ziguinchor qui vient dans l’après-midi mais remonte bredouille après une heure et demie de recherche. Le capot est perdu, ce qui est très ennuyeux car le canot de survie n’est plus protégé ; nous allons essayer de bricoler un capot de fortune en contreplaqué et résine en attendant d’en refaire un au retour à la Trinité.


Catherine et son nouveau compagnon diola

Balade à l'île aux oiseaux proche de Ziguinchor


Case du "Facteur Cheval" à Djilapao près d'Affiniam

La végétation luxuriante d'Affiniam

Après une dernière balade en pirogue à l’île aux oiseaux et dans le bolong d’Affiniam, nous partageons un dîner d’adieu à François et Aria au resto de l’hôtel Kadiandoumagne avant d’appareiller mardi 24 janvier en fin d’après-midi vers la sortie de la Casamance. Le lendemain, nous longeons la côte sud du Sénégal au large du Cap Skirring, en recherchant un mouillage calme pour la nuit, abri que nous trouvons au sud du Cabo Roxo, au-delà de la frontière, devant une plage déserte : mercredi 25 janvier au soir, nous passons notre première nuit en Guinée-Bissau.

Omar, pêcheur du bolong de Cajinnolle, nous vend des poissons

La 'cambusièr'e dans sa cambuse

En route vers les Bijagos

L’Archipel des Bijagos


Nous appareillons le lendemain dès le lever du soleil pour atteindre Cacheu, premier port d’entrée en Guinée-Bissau, en espérant y accomplir toutes les formalités qui nous permettront de repartir le plus tôt possible vers l’Archipel des Bijagos : 24 heures de palabres et de démarches presque vaines pour obtenir les deux viatiques qui doivent nous permettre de naviguer dans les eaux de Guinée-Bissau, faire viser nos passeports et nous faire délivrer l’Autorisação de Navigação pour Alfred. Après une interminable négociation, nous obtenons le permis de naviguer, annoncé d’emblée pour la modique somme de 568.000 Fcfa, puis 150.000 avant de transiger pour 50.000… quant aux tampons sur nos passeports, nous apprenons in fine que ce ne sera possible qu’à Bubaque… pas grave, les fonctionnaires guinéens ont le temps, nous aussi !

Un vieux fort portugais garde l'entrée de Cacheu

Premier arrêt aux Bijagos, l'île Kéré

L'heure du Bénédicité... et accessoirement du déjeuner


T'as d'beaux yeux, tu sais...

Nous repartons donc de Cacheu vendredi 27 janvier vers 16 heures et trouvons un mouillage à la sortie du fleuve pour la nuit dans le bolong de Bolor avant de repartir tôt le lendemain matin vers l’archipel tant convoité…. Enfin ! Après une belle journée de navigation de 50 milles au portant, en grande partie sous gennaker, nous arrivons en fin d’après-midi au mouillage de l’Île Kéré. Sur l’île, surnommée Île de Peter Pan, se trouve un campement bien connu, fréquenté par les amateurs de pêche au gros et tenu par deux charmants hôtes, Sonia et Laurent. Nous allons y dîner pour fêter notre arrivée aux Bijagos et y rencontrons un équipage de navigateurs brestois, Marie, Philippe et Claude, qui naviguent sur « Béaj » (voyage en breton) et convenons avec eux d’aller le lendemain faire une excursion avec Alfred sur l’île voisine de Caravela. Nous y accostons vers 15 heures le dimanche 29 sur une magnifique plage de sable blanc qui borde la côte NW de l’île et y faisons une très belle balade jusqu’au village d’Anipoco où nous rencontrons des villageois très accueillants et une volée d’enfants très joueurs qui ne voient pas souvent de Blancs leur rendre visite. Notre promenade dans l’île est en outre agrémentée par les commentaires de Claude, ornithologue très averti qui nous montre de nombreux oiseaux.

Après les tracasseries administratives de l'entrée à Bubaque,
 moment de détente ressourçant au lodge de Solange à Rubane 


Marie, la joyeuse skipper de Béaj


Nids de Tisserands dans les palmistes

Nous décidons, avec nos nouveaux amis, de faire désormais route commune dans l’archipel, aidés par un guide sénégalais, Demba, embarqué à leur bord. Nous quittons donc Kéré au petit matin, le lundi 30 janvier, pour une longue journée de navigation de 45 milles, en contournant les îles de Formosa, de Ponta et Maio au nord par le canal dos Papagaios, puis en longeant l’île de Rubane à l’Est avant d’arriver en fin d’après-midi devant Bubaque où nous devons compléter nos formalités d’entrée. Au cours de ce transit navigant de conserve, nous mesurons la nécessité de faire rapidement un carénage de notre coque car nous nous traînons derrière Béaj qui, a priori, ne devrait pas être plus rapide que nous… nous chercherons une plage idoine pour le faire dès que possible.


Les petits chasseurs de rats de Canhabaque... délicieux, paraît-il



Petit campement de pêcheurs sur Canhabaque



Nous étions prévenus des tracasseries, voire le racket, que subissent les navigateurs faisant leur entrée à Bubaque mais pensions, après le marathon déjà vécu à Cacheu, que les choses seraient plus faciles puisque nous n’avions plus qu’à faire tamponner nos passeports ; naïf que j’étais ! Les choses se passent d’abord bien, notre Autorisação de Navigação délivrée par Bissau est approuvée facilement puis nos passeports tamponnés moyennant un petit cadeau de 30.000Fcfa… tout va bien. Puis nos interlocuteurs nous demandent d’effectuer la visite « réglementaire » de notre bateau ; soit, pensant qu’il s’agit pour eux de venir boire un coca ou une bière à bord, nous les accueillons volontiers : c’est alors que nous les voyons monter à bord à sept, s’engouffrer immédiatement à l’intérieur du bateau et, à la question Que voulez-vous voir à bord ?, ils nous répondent, en s’empiffrant de l’assiette de cacahuètes préparée pour eux comme bienvenue, que nous devons payer une taxe par service de l’Etat représenté : la direction des affaires maritimes, les douanes (un gros douanier de 180 kg qui a failli faire couler notre annexe), la police, l’immigration (à qui nous venions de verser 30.000 cfa), la sûreté de l’Etat ! Au total, 50.000Fcfa supplémentaires. Comme le ton monte un peu et qu’il faut calmer l’atmosphère, nous leur répondons que nous comprenons très bien qu’il y a des taxes, mais que nous avons besoin pour chacune d’un reçu officiel dûment tamponné par chacun des services afin que nous puissions justifier ces dépenses inattendues auprès des autorités centrales de Bissau… Sur ce, ils rembarquent sur leur embarcation et disparaissent dans le nuit… Nous débarquons le lendemain matin pour rencontrer lesdites autorités et mettre tout cela au clair ; c’est alors que nous apprenons que notre demande a provoqué un vrai pataquès et qu’ils sont furieux contre nous, ne voulant surtout pas que la connaissance de ces magouilles remonte jusqu’à leurs chefs. Retour à la case à palabre où nous expliquons que nous considérons que les 30.000cfa des passeports sont un cadeau que nous sommes heureux de leur faire, que nous nous en tenons là, que nous sommes surtout très heureux de leur bon accueil et nous nous quittons bons amis….



Après les pleins d’eau et de gasoil, quelques achats de légumes au marché et d’une magnifique carangue de 6 kg pêchée par des gamins au pied du port, nous quittons le mouillage de Bubaque pour laisser tomber notre ancre devant le campement de Solange sur l’ile voisine de Rubane. Solange est une femme incroyablement dynamique qui a créé ex nihilo ce campement magnifique il y a une vingtaine d'années; nous passons chez elle une délicieuse soirée bien réparatrice après les tracasseries de Bubaque et passons une belle nuit sous la lune montante.

Premier carénage sur la côte sud de João Vieira.;
  nous nous sommes posés trop tard, il faudra recommencer



Moment de détente au campement de Claude à João Vieira.

Appareillage de Rubane le lendemain matin vers huit heures le vendredi 1er février vers Iha Roxa (ou Canhabaque) pour nous rapprocher des îles Sud-Est des Bijagos. Nous mouillons à l’heure du déjeuner à l’abri de Ponta Sueste qui borde au sud l’île de Roxa où Solange a installé un campement de toile pour accueillir les pêcheurs de sa clientèle, amateurs de gros poissons et de vie de Robinson. Après une longue promenade sur une longue plage magnifique nous rentrons dîner à bord d’Alfred où nous partageons avec l’équipage de Béaj la dernière moitié de la grosse carangue, cuisinée amoureusement par Catherine en un succulent colombo.

Deuxième carénage au sud de Meio



Francis en action

Demba gratte comme quatre!

Mais nous avons le souci permanent de caréner les œuvres vives d’Alfred qui, après un si long séjour dans les eaux du Sine Saloum et de la Casamance, stagnant dans un bain permanent d’une eau tropicale où la vie biologique est intense, s’est surchargée d’une double coque de coquillages, anémones, huîtres et algues diverses épaisse par endroits de 5 cm : un nettoyage vigoureux est urgent. Demba, le guide sénégalais de Béaj, nous indique la plage au sud de l’île voisine de João Vieira où nous posons le bateau pour cette opération ; nous nous sommes cependant posés trop tard par rapport à l’heure de la marée basse et ne pouvons pas achever le travail, en particulier le changement des anodes. Après avoir remis le bateau à flot, nous avons le temps de visiter le campement de Claude, ancien coureur cycliste, installé depuis 17 ans sur la côte ouest de l’île.



Alfred échoué à Meio

Nous repartons le lendemain matin plus au sud pour Meio, visiter cette dernière île et parachever le carénage d’Alfred. Après plusieurs tentatives d’approche sur le côte sud rocheuse de Meio et plusieurs talonnages, nous trouvons, sur les indications de Demba qui nous suit sur Béaj, une plage étroite entre deux lignes d’enrochements où nous venons ‘beacher’ à marée haute et terminer la propreté des œuvres vives et le changement de trois anodes. En attendant qu’Alfred flotte à nouveau, nous profitons d’une belle promenade le long de la côte de cette île de Robinson, sans pénétrer dans la végétation dense habitée par les serpents dont nous voyons un spécimen impressionnant ; nous ramassons les fruits de baobabs, le ‘’pain du singe’’, dont nous faisons un jus de fruit, la bouye, diversement apprécié par l’équipage.

Demba et Dominique cuisinant le 'jus de bouye' extrait du fruit du baobab


Katrina et Marie, 'conversation entre filles'

Traces de tortues vertes venues pondre la nuit précédente

Beaj au mouillage au sud de Meio

Nous nous séparons de Béaj le lendemain matin, samedi 4 février, pour l’île d’Orangozinho y passer l’après-midi au fond du bolong de Ponta Canapa, sur la côte Est. Court échouage de 2 heures, qui nous permet de goûter le calme du bolong, d’admirer une colonie de singes jouant sur la plage, et de faire une courte balade-baignade à l’entrée du bolong.  Après une nuit paisible dans la mangrove sous la pleine lune, nous repartons le lendemain pour aller mouiller sous le vent de la petite île de Porcos, an nord de Roxa. Ce mouillage est annoncé sur un blog comme le plus paradisiaque de l’archipel… nous ne partageons pas tout à fait cet enthousiasme, le lieu est très beau mais l’accostage sur la plage, très vaseuse sur la partie basse, ne peut se faire agréablement qu’à pleine mer et la forêt de Porcos, quasiment vierge, est impénétrable.

Olivier à l'action


Un maquereau-bonite, belle prise!


Le village d'Inorei entouré de superbes manguiers

Catherine montrant un fruit d'anacardier en pousse

Enfants bijogos rentrant de l'école

Nous nous rabattons donc le lendemain matin vers la côte nord de Roxa, juste en face, pour y débarquer au petit village de pêcheurs d’Inorei où nous sommes accueillis par une petite communauté très cosmopolite de pêcheurs, sénégalais, gambiens, sierra léonais, ghanéens etc. Ils nous indiquent le sentier du village bijogo d’Inorei situé deux kilomètres à l’intérieur de l’île. Belle promenade jusqu’à ce village que nous atteignons vers 13h et où nous restons près d’une heure, accueillis très gentiment par ses habitants avec lesquels nous parvenons à échanger très modestement dans leur sabir créole-portugais mais qui apprécient les modestes cadeaux préparés pour eux par Catherine, savons, paracétamol et bouteilles de sirop pour les enfants. Le responsable de la case de santé du village parvient à nous faire comprendre son besoin pressant de médicaments de base ; il nous raccompagne jusqu’au bateau où nous lui donnons bétadine, pansements et compresses, paracétamol et collyres dont il nous remercie chaleureusement. Après un déjeuner à l’heure espagnole, nous appareillons vers 17 heures vers la côte sud de Roxa où nous mouillons vers 19 heures. Nous y sommes rejoints au début de la nuit par Béaj, notre compagnon des Bijagos qui, venant de l’île du sud, vient mouiller à côté de nous.

Le porche végétal qui marque l'entrée du village d'Inorei




Porte de case faite d'un racine de fromager



Le village enfoui dans des manguiers immenses






Mais nous sommes déjà le 7 février et nos équipiers vont bientôt nous quitter. Pour les maintenir jusqu’au bout dans l’ambiance si particulière des Bijagos, nous nous faufilons pour leur dernière nuit au fond du bolong de Bruce sur la côte Est de Bubaque, à quelques milles au sud de la ‘’ville’’ éponyme ; nous nous y faufilons si loin, jusqu’à échouer lamentablement sur un banc de sable qui nous barre la route. Après un dernier repas d’adieu (nouilles chinoises préparées par Demba) avec l’équipage de Béaj nous repartons vers Rubane où nos amis doivent nous quitter.

Le village d'Inorei






Départ du village d'Inorei

Dernier passage à Bubaque où nous voyons arriver Aria avec à son bord Sophie, l’épouse de François, et François de la Vigne qui arrivent du Cap Skirring. Aria, Alfred et Béaj se retrouvent le soir devant Ponta Anchaca, Solange n’a jamais vu autant de voiliers mouillés devant son ‘’éco-lodge’’ pour un dernier pot et dîner, joyeuse soirée passée ensemble !  Katrina, Olivier et Francis nous quittent le 9 février pour rejoindre Bissau où, après une nuit d’hôtel, leur avion les attend pour retrouver les premiers effets du printemps en France.

Les singes dans le bolong d'Uite à Orangozinho

Dernière soirée dans le bolong de Bruce, Youssef et Issa partent pêcher 

Le port de Bubaque et des deux fromagers qui, résistant à l'érosion,
s'agrippent à la  berge

Pot d'adieu avec l'équipage de Beaj, Dominique et Marie

Notre équipage nous quitte à Rubane, 1h30 à 25 nœuds pour gagner Bissau

Retrouivailles de nos deux équipages à Bissau: la bordée descendante,
Olivier, Katrina et Francis, et la bordée montante, Jean-Louis et Philippe