mardi 4 décembre 2012

La Transat, du Cap Vert à Barbade

Le sourire de Catherine devant Santo Antao
 
Alfred installe dans l'alize
 
Pierrot: le meme sourire que maman et le Cap Vert qui s'eloigne

13 jours et 20 heures pour parcourir les 2000 milles qui séparent notre dernier mouillage au Cap Vert de la pointe sud de Barbade où nous sommes arrivés ce matin : six nœuds de moyenne pour l’ensemble de la traversée, effectuée quasiment en totalité à la voile, au vent arrière tribord amures et génois tangonné et un peu de moteur sur la fin, quand nous approchions à 400 milles de la Barbade.

La priere du soir...
 

Presque aussi beau qu'a Saint Sulpice...

Une magnifique traversée où très rapidement s’est installé un rythme de croisière avec ses rites, de longs moments consacrés à la lecture et surtout marquée par de belles prises à la pêche qui nous auront permis de nous régaler pratiquement à chaque repas de poisson frais, au point que l’équipage a été heureux, dans un moment de relâche de la pêche, d’abandonner un peu le poisson ultra-frais pour enfin se régaler des bonnes conserves de cannellonis sauce tomate qui nous servent de lest depuis le départ. Traversée aussi marquée par des soucis petits et gros qui auraient pu compromettre la suite du voyage. Et, pendant tout ce temps, une lunaison qui coïncidait exactement avec notre traversée, de sorte que tous les quarts de nuit ont été faits sous un magnifique clair de Lune.


La droite de hauteur du matin par Thibaud...

...et la meridienne par Pierre

Pendant ces deux semaines, nous n’avons vu personne, si ce n’est un cargo en route vers le Brésil le dixième jour.

Mais reprenons cela depuis le départ...

Nous avons quitté Mindelo le lundi 19 novembre dans l’après-midi, après un dernier et joyeux repas partagé avec nos amis Olivier et Gilles qui naviguent sur « Jedi » (voir site « le voyage de Jedi »), que nous avions rencontrés à Madère et qui arrivaient à São Vicente la nuit précédant notre départ.

Au revoir a nos amis Gilles et Olivier sur Jedi

Le petit port de Tarrafal au SW de Santo Antao

Les incoherences des cartes anciennes et de WGS 84:
Alfred est mouille au milieu des cocotiers!

Derniere soiree avant la traversee de l'Atlantique: Champagne!

Dernier mouillage au Cap Vert


Les hommes d'equipage font la proprete du bateau, sous la conduite de notre intendante.
Alfred est sans doute le seul bateau a avoir comme bidel une femme!
Extrait du lexique maritime: sur les batiments de la Royale, le bidel est le capitaine d'arme,
charge de la discipline (du nom de M. Bidel, celebre dompteur de lions au 19eme siecle).

Après une courte navigation de 25 milles, nous arrivions à la nuit tombée au mouillage de Tarrafal pour célébrer notre départ avec une bonne bouteille de champagne du mariage de Agathe et Augustin. Merci Isabelle d’avoir mis une caisse à bord d’Alfred : nous en gardons au frais pour ton arrivée en Janvier !
Le lendemain, toilette d’Alfred avant le départ et ultimes courses avec un dernier billet de 2000 escudos capverdiens trouvé par hasard au fond de la poche du short de Dominique et confiés à Louis et Pierre avec la mission d’en tirer le meilleur parti. Ce qu’ils ont fait avec brio en rapportant à bord cinq langoustes qui allaient constituer notre premier repas après le départ.

La vie à bord

Le rythme des journées s’est assez vite et naturellement réglé. Après le dernier quart de nuit, vers 8 heures, on voyait émerger progressivement l’équipière et les équipiers autour du p’tit déj. La matinée passait ensuite assez vite : mise à l’eau des lignes, vaisselle de la veille, fabrication du pain dit « pão de Porto Santo », selon la recette dévoilée par Caroline (merci Karo !). Puis gymnastique d’entretien (eh oui !), et toilette-douche à l’eau de mer sur le pont.

Repas dominical a mi-parcours; au premier plan, le pain de Porto Santo.

Meditation du soir au coucher du soleil.

Ouf! Enfin un peu de petole, deux jours avant l'arrivee, permet la baignade.

Ensuite, chacun vaquait à ses occupations : bricolage, préparation de la salade de midi, sieste, droite de hauteur du matin et méridienne avant le déjeuner etc… mais surtout la lecture qui prenait une grande place grâce à la bibliothèque préparée par Catherine, composée de livres spirituels très édifiants, mais aussi de romans plus futiles et de livres d’aventures où la mer prend une très grande place. Parmi les best-sellers, le « Magellan » de Stephan Zweig, les diverses relations du naufrage de la Méduse dont la bibliothèque est bien pourvue etc.

Le bain de Diane.

Une vie saine: proprete et herbertisme!

Ainsi en allait-il de l’après-midi, avec un rituel thé de 5 heures, puis re-lecture et jeux jusqu’au coucher du Soleil, puis au lever de la Lune, moments magiques de rêverie ou de méditation métaphysique, selon le tempérament de chacun, mais moments de silence sur Alfred…. Avant le dernier rite de la journée, celui du petit punch du soir, que l’on prolonge à l’envi afin que le premier quart de la nuit ne commence pas trop tôt.

L'histoire du radeau de la Meduse laisse Louis pensif...

Silence, on lit...

Apres le the et en attendant l'aperitif du soir, jeux de societe

Les quarts de nuits étaient partagés à quatre, de 21 heures à 8 heures, Dominique se gardant le quart de minuit à 2h et ½, et Louis Thibaud et Pierre tournant sur les trois autres quarts (9h à minuit, 2h½ à 5h et 5h à 8h).

La pêche

L’autre grand chapitre de la traversée concerne la pêche : le carnet de pêche, ouvert avec optimisme dès le deuxième poisson pêché fait état du tableau suivant :
  • cinq daurades coryphenes, d’environ 1kg-1,5kg chacune, dont une magnifique de 3 kilos et 70 cm de long ;
  • deux thons, respectivement de 4 et 5-6 kilos (60 cm) ;
  • deux tazards (ou waou) de 3 et 4 kilos (75 cms) ;
  • un monstre marin non identifié (mais comestible), composé d’une mâchoire, d’yeux énormes, propulsés par une longue queue de 80 cm et pêché de nuit au clair de Lune….
Cette pêche nous a pratiquement nourris pendant toute la traversée, mais elle a aussi très largement alimenté nos conversations autour de deux thèmes centraux : la qualité des lignes et la couleur des leurres (rapala ou chipiron ?), et l’accommodement des recettes, avec quelques valeurs sûres, dont le poisson cru polynésien, grâce à un stock gigantesque de citrons verts provisionné au Cap Vert et non épuisé à l’arrivée.

Le premier tazard; excellent pour le poisson cru a la polynesienne.

Le sourire du monstre de Thibaud (donnez-moi l'adresse de l'orthodontiste)

85 centimetres!




Un tazard de 4 kg la veille de l'arrivee




Petits soucis et gros pépin

Mercredi 20 Novembre vers 10 heures, 24 heures après notre départ de Santo Antão, Alfred marchait sous son petit pilote, attelé à la barre à roue. Brusquement, nous nous sommes rendu compte que la barre devenait de plus en plus dure, de sorte que le pilote avait du mal à gouverner correctement. Puis, rapidement, la barre s’est bloquée : nous étions en avarie de barre…

Le gros pepin: Avarie de barre a 1800 milles de La Barbade.

Il y a deux pilotes sur Alfred : le « gros » pilote, installé à la construction du bateau, et le « petit » pilote, qui a été installé en septembre, avant le départ de la Trinité. Le gros pilote est très puissant mais consomme beaucoup d’énergie ; le petit pilote, moins gourmand, ne marche que par petit temps. Le gros pilote peut fonctionner en mode « normal », c’est-à-dire suivre un cap ordonné ; il est alors assujetti au compas. Il peut aussi fonctionner en mode « track », c’est-à-dire suivre une route vers une destination (WayPoint) ; il est alors assujetti au récepteur GPS. Depuis quelques temps, nous avions des soucis avec le gros pilote qui, en mode normal, devenait fou de façon aléatoire au bout d’un certain temps : le compas se mettait à précessionner et entraînait le bateau en giration (ce problème était déjà apparu avant les Canaries et nous avions cru y remédier par l’intervention de Pépé). Nous utilisions donc le petit pilote dès que c’était possible.

Après blocage de la pièce d’accouplement de la barre (pièce neuve qui venait d’être changée la veille du départ de La Trinité), nous avons dû démonter la barre à roue : nous étions donc désormais privés du petit pilote et avons armé la barre de secours, barre franche montée sur palans. La situation était critique avec un unique pilote défectueux, alors que nous avions 1800 milles à faire jusqu’aux Antilles et un retour au Cap Vert mettait notre programme par terre car une réparation aurait été aléatoire. Heureusement, Thibaud a su remettre en place les connexions électriques ad-hoc (circuit NMEA) qui ont permis de faire fonctionner la barre en mode « track », cap sur la Barbade et c’est ainsi qu’Alfred a traversé l’Atlantique. Parallèlement, nous prenions contact avec Patrick (le père de Marie et Thibaud) pour commander la pièce de barre défectueuse qu’Etienne et Marie apporteront à Noël à la Martinique où ils prendront Alfred pour une croisière avec leurs enfants.
Merci Thibaud, nous te devons une fière chandelle !

La routine des petits soucis: demontage du systeme de commade du moteur.


Arrivée à La Barbade et la suite…

Baignade le matin de l'arrivee

Nous sommes arrivés à Bridgetown ce matin à 5 heures et après les formalités de clearance effectuées, nous nous apprêtons à passer deux journées pour visiter La Barbade, seule île corallienne des petites Antilles. Demain, après un tour de l’île en bus, nous appareillerons le soir pour Union et les Grenadines.

Bridgetown, capitale de La Barbade

10 commentaires:

  1. Yeepa! Trés heureux de vous savoir arrivé! Maginifiques images. Pour le poisson de Thibaud je me risque: poisson sabre? Bises à tous, à trés vite.
    Polo

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  2. Super, nous aussi, on guettait votre arrivée aujourd'hui !
    Baisers à tous
    Marie&Co

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  3. brigitte du Teilleul5 décembre 2012 à 01:07

    Merci pour ces magnifiques photos qui font rêver!
    Bravo à la plume... pas mal...on se croirait avec Alfred...

    Ravie de vous savoir de l'autre côté de l'atlantique.

    je vous embrasse
    brigitte du T

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  4. Nous étions impatients d’avoir de vos nouvelles à l’arrivée de cette Transat.
    Récits et photos nous entrainent décidément bien loin de notre froide grisaille bretonne, et nous finissons cette lecture avec plus qu'un brin d'envie…
    Bravo à vous qui avez ainsi osé larguer les amarres pour ce voyage formidable (manifestement très bien préparé), et toutes nos félicitations au bidel !
    Reposez-vous bien, mais pas trop longtemps car nous sommes avides de connaître la suite de vos aventures.

    Frédéric et Titou

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  5. PS de Fredéric : je crois avoir trouvé le nom du poisson extraordinaire : n'est ce pas un "espada", comme ceux dont vous avez pris la photo au marché de Funchal lors de votre escale à Madère (voir votre post du 25/10) ?

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  6. Merci de nous faire vivre la vie au large, on s'y croirait. Et aussi vos photos, le bleu de l'océan, le ciel qui s'enflamme...
    Et puis bravo pour le tableau de pêche, c'est plus que ce que nous avions pris en un an sur Astrée.
    Emmanuel
    PS : Maman je t'encourage à essayer le quart de nuit !

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  7. super!!! quelle joie de suivre toute cette traversée en direct, de goûter le poisson cru, d'obéir au Bidel, de rêver devant ces ciels fabuleux, à travers ce récit presque "épique" d'une traversée presque "sans nuages" mais avec un moral et du sourire toujours! on attend la suite et on vous embrasse de tout coeur, sabine

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  8. frederique et guillaule libaudiere8 décembre 2012 à 10:28

    un petit coucou de nantes apres avoir eu le plaisir de dejeuner chez vous cette semaine
    bizarre cette rue de l heronniere sans vous...
    tous vos objets d afrique vous rappellent a nous et finalement il y flotte quand meme un air laurent...
    vous nous faites rever avec ces recits et ces photos surtout en ces jours ou l hiver s installe
    ici nous sommes dans les preparatifs de noel,les illuminations,et les feux de cheminee
    le trimestre scolaire touche a sa fin(plus que 2 semaines de lecons a faire reciter...)
    profitez bien de cette parenthese et de tous les souvenirs qu'elle vous laissera
    ce n est pas l envie qui nous manque d aller vous rejoindre mais...la realite nous ramene a terre
    sinon aux montys la vie continue avec arthur ne le 2 oct chez colombe et charles axel et un bebe attendu chez geoffroy et charlotte en mai
    et ce pour le plus grand bonheur de tous et specialement des jeunes oncles et tantes
    bel avent sous les tropiques
    toute la famille embrasse
    guillaume,frederique et cie

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  9. Gilles de Guillebon et Olivier Pennors8 décembre 2012 à 11:18

    Hello l'équipage d'Alfred !
    Contents de vous savoir arrivés à bon port à savourer un ti'punch ! Vos photos sont superbes et nous donnent presque l'impression d'y être !
    Pour notre part nous nous préparons à rejoindre Dakar pour y passer Noël.
    On espère bien vous recroiser dans un des mouillages paradisiaques des Antilles. (Nous traversons mi-janvier et devons atterrir en Guadeloupe début février).
    On vous souhaite de très bonnes fêtes de Noël !
    Gilles de Guillebon & Olivier Pennors

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